Entretien avec Louise Soledad, directrice artistique et interprète de la « Mad Hatter’s Gin & Tea Party » , Théâtre Lulu sur la Colline, Lyon

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5 novembre 2020 par nouvellesrepliques

Nouvelles Répliques : Bonjour, Louise Soledad. Je t’ai proposé une rencontre aujourd’hui, dernier jour avant l’instauration du second confinement, afin que tu puisses nous parler un peu de la « Mad Hatter’s Gin & Tea Party » (Note de la rédaction : Goûter au gin et au thé du Chapelier Fou), une expérience immersive au carrefour du théâtre et de l’apéro surréaliste, qui se joue depuis le 2 Octobre dernier au théâtre Lulu sur la Colline, près de la place Jean Macé à Lyon, et dont tu assures la direction artistique, ainsi qu’en alternance avec un autre comédien le rôle du Chapelier Fou. Ou dans ton cas de la Chapelière Folle, dirons-nous, du fameux Pays des Merveilles issu de la justement tout aussi folle imagination créatrice de Lewis Carroll. Alors pour commencer, pourrais-tu nous pitcher s’il te plaît cette fameuse « Gin & Tea Party » ?

Louis Soledad : Eh bien, nos chers invités se retrouvent enfermés dans le terrier du Lapin Blanc, et découvrent assez vite, dès leur entrée en fait, qu’il est impossible d’en sortir parce que le Temps est figé ! La fête dure de 6h jusqu’à 7h, mais 7h n’arrive jamais… Le Chapelier Fou quant-à lui reste dans un déni qui lui est propre, alternant entre la tristesse, la colère, la joie, la folie, l’empathie… et la rage ! Il déteste qu’on enlève son chapeau, il déteste qu’on parle du Temps, ce que s’affaire à faire en permanence le Lièvre de Mars, désireux pour sa part de sortir de cette Tea Party qui de son point de vue dure certainement depuis au moins quatre cents ! Et les invités découvrent que s’ils restent et que le temps ne reprend pas, ils seront miniaturisés à cause des boissons que l’on sert, créations du Chapelier Fou, alors que le Lièvre et le Loir essayent d’ouvrir les yeux de ce dernier afin que le Temps reprenne. Est-ce que ça marche ? Peut-être pas… Peut-être  que tous les invités, dès à présent, sont enfermés au fond du jardin.

N. R. : Ok ! Tout un programme, donc ! Alors comme tu nous l’as dit, ce sont trois personnages emblématiques qui font vivre cette expérience au public, à savoir le Chapelier Fou, le Lièvre de Mars, et le Loir. Chacun de ces rôles étant assuré en alternance par deux personnes. Pourquoi ? Et peux-tu nous présenter succinctement tes camarades de jeu ?

L. S. : Bien sûr ! Alors nous avons des doublures, tout simplement parce que le spectacle se joue du Mercredi au Dimanche, et plusieurs fois par soir, ce qui fait beaucoup de représentations pour un seul comédien. Ce qui, entre parenthèses, a été mon cas pour les 24 premières représentations, car la première doublure du Chapelier a abandonné le premier jour ! Je ne citerai pas son nom, mais il est évidemment grillé dans le théâtre pour les millénaires à venir !

N. R. : Aïe-aïe-aïe !

L. S : Oui, parce que 24 représentations, en plus de la direction artistique, ça m’a un peu mise sur les rotules… (rire) Pas tant que ça d’ailleurs, vu que j’ai l’énergie de 70 personnes, mais bref… (Rires partagés)

N. R. : Je confirme, c’est une énergie assez folle !

L. S. : Ce qu’il faut pour le Chapelier Fou ! (Rires partagés) Nous avons donc un nouveau Chapelier depuis 10 représentations, en la personne de Nathan (nom de scène du comédien), encore étudiant à l’Acting Studio, tout comme Rémy Lumia qui joue le Lièvre, Morgane Chavot qui vient de l’école de l’Atre Lyon (ndlr : ne pas confondre avec le Collectif de l’Atre, compagnie de théâtre), comédienne depuis 6 ans et qui incarne également le Lièvre. Et dans le rôle du Loir nous avons en alternance Jonathan Perrony, comédien à Lyon lui aussi depuis 16 ans déjà, et Boris Thévenoud, qui est issu de l’école Factory,dont il est sorti diplômé il y a 3 ans. Voilà !

N. R. : Alors, on peut dire qu’une joyeuse loufoquerie règne dans ce lieu, dont le décor assure une immersion immédiate : des fleurs, des champignons géants et multicolores, des cartes à jouer, et même une superbe effigie du génial Chat du Cheshire, nous transportent comme par magie au Pays des Merveilles. Et les magnifiques costumes et maquillages n’y sont pas pour rien non plus ! S’ajoutent à tout cela les caractères bien sentis et amusants de vos trois personnages, mais aussi les recettes des différents breuvages qui nous sont proposés. Ne sont-ce là que les effets des variétés de thé préparées par notre hôte, le Chapelier ?…

L. S. : (Rire) Eh bien oui, au sein de l’histoire c’est tout à fait moi qui ai concocté ces géniales créations ! En réalité, non : un « mixologue » travaillant pour notre partenaire, une célèbre marque de gin, a créé les cocktails spécialement pour l’évènement (ndlr : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.), tant pour ce qui est de leurs saveurs, extrêmement loufoques et qu’on ne retrouve pas dans les bars, que pour leur aspect, coloré, avec pour certains des teintes de peinture comestible et autres feuilles de romarin… Il y a également un « cocktail magique » pour la fin, dont je ne vous révélerai rien ici, à part qu’il change au fil du temps, après une formidable démonstration du Lièvre, à ne surtout pas manquer d’ailleurs ! (Rires partagés)

N. R. : Je peux effectivement confirmer que le « cocktail magique » final est assez surprenant, effet garanti ! Alors si, comme moi à la base, on n’aime pas trop le gin, ou qu’on n’a pas l’âge, le droit, ou l’envie de boire de l’alcool, est-ce qu’on passe forcément son chemin ?

L. S. : Absolument pas ! On est « enceinte-friendly », et « sans alcool-friendly ». Tout le monde est invité à la Tea Party du Chapelier !

N. R. : Les enfants y compris ?

L. S. : Non, pas les enfants parce que le spectacle n’est pas tout-à-fait conçu pour les mineurs. Pas tant dans son aspect, qui reste très enfantin, mais dans son propos parce qu’il y a tout-de-même notamment le personnage du Lièvre qui est assez… Euh… J’ose pas dire « sexualisé » parce que c’est un peu péjoratif, mais qui a, bon… des répliques qui ne conviennent pas tout-à-fait aux enfants…

N. R. : Je proposerais le terme de « grivois », ça te va ?

L. S. : Grivois, tout-à fait ! Mais nous avons pour tous les cocktails des versions « virgin »  (ndlr : sans alcool) ; d’ailleurs, les gens qui ne se sentent pas d’enchaîner 4 cocktails, parce que ça représente une sacrée dose de gin en fin de compte, peuvent totalement, via les Tweedles qui sont nos serveurs officiels, demander tel cocktail en « virgin », et tel autre avec alcool, et on s’adapte très bien. On s’est aussi adaptés aux possibles allergies : la coordinatrice qui vous accueille en début de spectacle vous demande quelles sont vos éventuelles allergies, pour ne pas risquer que le Chapelier vous empoisonne tout court par inadvertance, (rires partagés) mais simplement vous fasse rétrécir !

N. R. : Très bien vu ! Et je confirme que bien que, comme dit précédemment, n’étant pas fan de gin à la base, j’ai vraiment apprécié tous les cocktails. J’ai été très agréablement surpris. Alors est-ce que tu peux nous raconter comment tu t’es retrouvée impliquée dans ce projet, et en quoi consiste ton travail, non seulement en tant qu’interprète, mais aussi à la direction artistique ?

L. S. : Eh bien, au départ j’ai été engagée comme simple comédienne. Je fais partie d’une agence artistique lyonnaise nommée Gangz, c’est eux qui nous ont engagés, et je n’ai pas eu à postuler : ils connaissent nos profils et ce qu’on a déjà fait, et ils m’ont appelée en me disant : « Louise, on voudrait te faire passer une audition pour le Chapelier Fou, parce qu’il faut de la folie et de l’énergie, et ça paraît tout-à-fait te correspondre ». J’ai bêtement répondu :  « Oui, mais je suis une fille, et de seulement 1,50m de surcroît… C’est pas embêtant pour l’immersion ? » Et en fait, pas du tout ! A la fois, le costume fait oublier ma taille, et l’interprétation fait que même si des gens rient du fait que je suis une Chapelière, ça ne retire finalement rien à l’expérience du Chapelier Fou. Il n’est genré nulle part, d’ailleurs ! Que ce soit un homme à la base n’est en fait qu’anecdotique. Le Lièvre et le Loir, c’est la même chose : qu’ils soient masculins ou féminins, ce sont de toutes façons des animaux, que les comédiens interprètent à la perfection d’ailleurs ! J’ai donc passé l’audition… Et j’ai été prise, hourra ! J’ai donc démarré l’aventure en tant que Chapelière Fou. Il y a un directeur artistique général, Michaël Hirsch, mais il est situé à Paris ; c’est lui notamment qui a fait la mise en scène des sessions parisiennes, parce que ce spectacle se joue dans cinq villes : Barcelone, Marseille, Paris, Bruxelles, et aussi Lyon. Et il pouvait difficilement assurer la direction artistique depuis Paris : c’est quand-même un poste qui nécessite d’être présent pour les répétitions, de connaître les comédiens, d’être constamment à leurs côtés dans le lieu de spectacle en réalité…

Et donc, on m’a appelée à deux jours du début du travail pour me dire : « Ah tiens, Louise ! On a vu que tu avais été directrice artistique pour une pièce montée à l’école Factory. Que dirais-tu de le refaire sur notre spectacle ? » Et comme en tant qu’ancienne juriste j’adore les plannings, les post-it et les stabylos, j’ai donc répondu : « Très bien, très bien, j’arrive !!! », parce que j’avais effectivement déjà assuré cette fonction et que ça ne me posait donc pas de problème. Finalement ça a juste représenté une double charge de travail au moment où ma doublure a abandonné, mais ça ce n’était pas prévisible… Donc, en tant que comédienne je suis évidemment sur le même plan que les autres, simplement la direction artistique fait que j’assure un peu de mise en scène. Je dis un peu, car comme tous les autres sont également professionnels, ils ont fait des propositions et des interprétations déjà tout-à-fait adaptées ; simplement le directeur artistique parisien, également auteur de la pièce, avait quelques attentes et retours à formuler, et c’est moi qui étais chargée de les transmettre et faire appliquer lors des répétitions lyonnaises. Donc lorsque je joue, je ne me mets pas moi-même en scène, puisqu’un œil extérieur est nécessaire, sinon c’est trop compliqué, alors mes partenaires, en leur âme et conscience, me faisaient des retours auxquels j’étais bien sûr ouverte. J’estime que ce n’est pas parce qu’on met les autres en scène qu’on a forcément « la science infuse » en la matière. Mais en revanche, bien souvent je n’étais pas au plateau, ce qui compliquait évidemment les choses quand on n’avait qu’un seul Chapelier. Et donc, je faisais des retours de mise en scène, mais faisais aussi des choses un peu plus « anecdotiques » comme par exemple agencer les tables et les chaises du public pour qu’on puisse évoluer dans la salle tout en étant « Covid-friendly » : nous avons tout adapté. J’organisais aussi les horaires et programmes des répétitions, et tous les soirs j’envoie un récapitulatif à toute l’équipe de Gangz et à Michaël Hirsch, le directeur parisien, pour l’informer des éventuels problèmes, des choses qui manquent, de comment les représentations se sont passées…  Rôle particulièrement important lors de la première semaine parce que l’une des comédiennes de l’équipe a été malade de la Covid, et nous avons donc tous été en « septaine » juste avant de jouer ! Il a alors fallu, en visio, tout gérer à distance ; l’organisation mais aussi calmer les esprits, et moi-même en tant que directrice artistique ne pas m’emporter ou paniquer comme j’aurais pu le faire en tant qu’interprète, mais rassurer le reste de l’équipe.

N. R. : Sacrée responsabilité ! Et j’imagine aussi beaucoup d’émotions et de plaisir à remplir toutes ces fonctions ?

L. S. :  Tout à fait.

N. R. : Depuis l’installation de votre « spectacle libatoire » – je ne crois pas que l’expression existe, mais soyons fous et folles, c’est de circonstance ! – au théâtre Lulu sur la Colline, vous avez joué plusieurs fois par jour et donc de très nombreuses représentations ; y compris en adaptant vos horaires depuis l’instauration du couvre-feu à Lyon. Ce nouveau confinement met un coup d’arrêt, que je vous souhaite évidemment bien provisoire, à la poursuite de votre activité. Comment ressentez-vous tout cela, ton équipe et toi, et avez-vous déjà des perspectives de prolongation une fois sorti.es du « tunnel » ?

L. S. :  Absolument ! La production, la direction artistique parisienne, et moi-même, sommes déjà en train d’établir les disponibilités de toute l’équipe en Janvier et Février prochains, ce qui n’était pas prévu à la base et qui est donc forcément un peu compliqué, mais comme nous sommes deux par rôle, on devrait pouvoir arranger tout le monde. Ce qui va être très compliqué en revanche, et qui l’a déjà été avec le couvre-feu, c’est les remboursements, parce que les séances de 22h ne pouvant évidemment pas avoir lieu, mais celles de 20h non plus, nous avons essayé de pallier au problème en ajoutant des séances à 14h les Samedi et Dimanche, mais en semaine avec les gens qui travaillent c’était moins évident… Ce soir, c’est la dernière représentation possible, que j’aurai l’honneur et le grand plaisir d’assurer. Pour tout le monde de la culture, il y a une sorte d’ambiance de fin qui n’en est pas une, mais on ne sait pas exactement quand on pourra reprendre. Le gouvernement parle très peu de la culture et de la reprise… Dans notre société occidentale, c’est en général la première chose à partir, et là tous les spectacles ont été annulés, en mode « on n’en parle même pas, c’est évident ! » Alors qu’en Suède par exemple, un pays modèle pour moi au niveau culturel, les cinémas, les théâtres, et les concerts, ont plutôt été les dernières choses supprimées, quand vraiment on ne pouvait pas faire autrement… Donc on a un peu une impression d’injustice : l’art, c’est le premier truc à partir parce que c’est « dispensable » et que tout le monde s’en fiche. Alors qu’en fait, non ! Les gens sont très heureux de sortir. D’ailleurs, les personnes qui pensaient que les représentations pour lesquelles elles avaient réservé seraient annulées, et qui finalement ont pu venir, ne pouvaient s’empêcher de nous dire après : « Ohlala ! En ce moment on ne peut rien faire… Heureusement que ça n’a pas été annulé, quel bonheur ! » Mais pour toutes les annulations que nous n’avons pu éviter, la production est en ce moment débordée pour gérer les remboursements. En tous cas, pas d’inquiétude : la folie du Chapelier vous attendra dès que possible !

N. R. : Oui, et pour ma part je suis certain que le public sera au rendez-vous, heureux de pouvoir venir de nouveau s’amuser dans un cadre aussi original que celui-ci ! Et pour revenir sur des considérations justement plus amusantes et réjouissantes, est-ce que tu peux nous dire si pour toi l’univers de Lewis Carroll, d’Alice et du Pays des Merveilles, était déjà avant tout cela une passion pour toi, et comment tu as vécu cette chance et le plaisir d’être embarquée dans cette aventure si particulière ?

L. S. : Quand j’ai été prise, j’ai cru que ça sortait d’un rêve, puisque non contente d’adorer les comédies musicales et la musique au théâtre, je suis comédienne – chanteuse, et ce rôle me demandait d’allier l’enfantin de Lewis Carroll, la folie de plateau, et le chant, qui sont trois de mes domaines de prédilection, donc je me suis lancée dans cette aventure comme une tornade ! J’ai même passé la porte du théâtre : « C’est moi le Chapelier Fou, je suis prêt !!! », et je me suis mise à chanter toutes les chansons tirées du film de Disney, comme l’emblématique chanson du « Joyeux non-anniversaire » que je chante régulièrement sous la douche depuis dix ans ! Donc je pense que le public sent bien au moment où je l’entonne sur scène que c’est naturel.Et du coup, les gens chantent avec nous, on applaudit, on rigole, et pour moi c’est vraiment un rêve devenu réalité ! A mi-chemin entre le café-théâtre, la comédie musicale, et l’univers Disney, c’est génial !!! Je suis très, très ravie de faire partie de cette aventure, et j’espère que ça se sent sur scène, et que les gens sont tout aussi ravis de partager ma folie, ma démence !

N. R. : Ça se sent effectivement, il n’y a aucun doute là-dessus ! Et il y a même un côté très « cartoonesque » dans la mise en scène et son côté musical, que j’ai particulièrement apprécié d’ailleurs, parce qu’il est totalement assumé ! Tu peux nous en dire deux-trois mots, s’il te plaît ?

L. S. : (Rires partagés) Eh bien ça, c’est une chance due au fait que tous les comédiens soient aussi barges les uns que les autres ! J’imagine que c’est pour ça qu’on a été sélectionnés, parce que nos auditions ont été filmées, et on a eu l’occasion de les voir quand l’agence Gangz nous les a envoyées, et on dirait qu’on est tous tout juste sortis d’un asile, c’est formidable ! On n’est pas tous chanteurs, mais même ceux qui ne le sont pas prennent les chansons avec tant d’entrain et de délire que les gens du public sont tout de suite « à bord » avec nous. Et même si par exemple les deux Loirs sont très différents, chacun d’entre eux est magnifique à sa manière. On a d’un côté Jonathan qui est plutôt « reine du bal », très douce et « fémino-comique », et de l’autre Boris qui dans la vie est plutôt un rocker (j’espère que tu ne t’en offusqueras pas, Boris, je ne connais pas toute ta palette musicale alors je dis juste rocker) « gros dur » à moto, et qui interprète un Loir beaucoup plus enfantin et vulnérable tout en étant très cartoonesque comme tu dis. C’est vrai qu’on a tous l’air sortis d’un dessin animé, et les costumes aident beaucoup à s’immerger tout de suite dans ce côté enfantin, parce qu’à la seconde où on a fini de se maquiller et costumer, on a tous 15 ans de moins, et on rigole beaucoup !

N. R. : Alors à cette Gin & Tea Party, on boit évidemment, on accompagne les boissons de friandises comme des chamallows, ou pour celleux qui préfèrent le salé, de chips croustillantes, on est invité.es à porter fièrement les chapeaux originaux sélectionnés pour chacun.e par the Mad Hatter à notre arrivée… Quels sont selon toi la meilleure configuration et le meilleur état d’esprit pour répondre à votre joyeuse invitation ?

L. S. : Je dirais qu’il faut surtout bien lire la description de l’évènement avant de réserver… Si on s’arrête à la mention des cocktails en se disant « En avant Guingamp ! », on risque d’être un peu décontenancé en voyant son apéro interrompu par nos personnages ! Le public peu habitué au théâtre, ce qui n’est pas un mal en soi, peut avoir tendance à parler très fort, plus fort que nous, ce qui peut être un petit peu gênant. Pour nous c’est pas bien grave, c’est notre métier, mais ça peut l’être un peu plus pour les tables voisines, qui se laissent plus facilement embarquer à bord de notre aventure. Heureusement, la grande majorité des gens, même ceux qui sont surpris par l’expérience « théâtre-cocktail », se prêtent au jeu de bon cœur et avec plaisir ! On prévoit aussi des pauses, parce que le jeu étant très intense, le Chapelier, le Loir et le Lièvre, n’étant pas calme et ne se posant jamais, le public a le temps alors de discuter, et de savourer les cocktails tranquillement.

N. R. : Vous passez d’ailleurs régulièrement, chacun de votre côté, de table en table pour proposer aux différents groupes des interactions, des énigmes, de petits défis… Comment les gens réagissent-ils dans ces moments un peu plus « intimistes » ?

L. S. : Ça varie évidemment selon les groupes. On a parfois des gens un petit peu timides, intimidés de voir des comédiens aussi barjos s’approcher d’eux – avec une visière anti-Covid, pas d’inquiétude ! – pour les interpeller avec par exemple un : « Toi, là, est-ce que tu as la réponse à mon énigme ? » Certains restent parfois un peu sans voix, mais toujours avec le sourire ! On n’a jamais eu quelqu’un de suffisamment récalcitrant pour nous dire : « Dégage ! » On propose de petits jeux typiques du Chapelier Fou, que les fans reconnaissent immédiatement et auxquels ils participent avec plaisir. Certains s’y prêtent avec retenue et passent vite à autre chose, mais il y a toujours des personnes gourmandes et avides de nos interventions, qui veulent constamment qu’on revienne, et qui nous montrent qu’elles apprécient énormément nos « discussions », si je peux les appeler ainsi parce que le Chapelier parle parfois plus pour lui-même qu’avec les autres ! (Rire partagé) Mais ce qu’on a réussi à mettre en place, et qui était un vrai challenge au début, c’est écouter les gens, nous rappeler d’eux. Et quand on revient à leur table ne pas les appeler « invité numéro 34, joue à mon jeu ! » ou que sais-je, mais les appeler par leurs prénoms, et les relancer sur des choses qu’ils nous ont dites auparavant, comme par exemple : « Oh, Carole ! Tu m’as dit que tu aimais ça tout à l’heure. Est-ce que ça te plaît toujours ? Est-ce que tu veux danser ?… » (ndlr : Excepté pour les comédien.nes, la danse se fait uniquement en position assise sur les chaises, pour respecter les protocoles sanitaires évidemment!) On repère vite ceux qui ont envie, qui aiment danser, chercher les solutions aux énigmes, qu’on vienne leur parler, ou plutôt qu’on les laisse un peu plus tranquilles. On a tous de l’expérience en impro ou en café-théâtre, donc on sait adapter notre jeu aux différentes personnes. On ne va pas harceler quelqu’un qui manifestement a envie de rester un peu en retrait. Ne vous inquiétez pas, on s’adapte à l’audience !

N. R. : As-tu une ou deux anecdotes surprenantes, amusantes, cocasses, à nous partager au sujet de vos représentations passées ?

L. S. : Oui, il y a eu une fois assez rigolote et qui a mis à l’épreuve nos capacités d’improvisation. Nous avons, nous les comédiens, une petite table pour nos propres cocktails, sans alcool évidemment puisqu’il faut rester sobres quand on enchaîne quatre représentations (rire partagé), qui était située à l’époque près de notre enceinte Bluetooth dédiée aux musiques et différents bruitages du spectacle, gérée par le Lièvre qui est un peu notre régie plateau et qui rend tout cela bien plus immersif et sympathique que si les sons sortaient de nulle part ; et un jour ce fameux Lièvre, avec la queue de son costume qu’il ne maîtrisait pas encore tout-à-fait, a renversé un cocktail sur cette enceinte, qui a instantanément dit : « Non ! Moi, je m’arrête là ! Je ne veux pas qu’on me traite aussi mal !!! » Et on ne s’en est rendu compte que lorsque la petite musique d’ambiance des pauses où nous sommes en coulisses a semblé ne pas vouloir se lancer… Ce qui a donné soudain une ambiance un peu étrange, genre fin de soirée, avec les gens qui parlent moins fort, les verres qui tintent etc. Puis le Lièvre, ne se démontant pas, remonte sur scène, et joue celui qui a oublié de lancer la musique comme si c’était prévu dans l’histoire, mais se rend en réalité compte, assez déconfit, qu’en fait c’est l’enceinte qui a quitté son poste !

N. R. : Gênant…

L. S. : Gênant ! Alors on laisse la pause se terminer, on revient, et là, tous les bruitages et musiques – on était à la mi-spectacle je crois – ont ensuite été entièrement faits à la bouche! Et les gens sur le coup affichaient des petits rictus, genre : « Ah, la lose ! » Mais en fait, ils ont vite été impressionnés de notre capacité à rebondir, et ont été très sympathiques puisqu’ils se sont joints à nous pour faire les bruitages et chanter pour que la mésaventure de l’enceinte ne paraisse pas si dramatique en fin de compte. Ca a été assez spécial ! (Rire partagé)

Autre anecdote amusante, il y a régulièrement des gens qui, malgré nos costumes et notre maquillage loufoques, s’imaginent avec nous probablement pour la vie, et il arrive que lorsqu’on rentre en coulisses, la coordinatrice vienne nous dire : « J’ai un numéro pour le Chapelier Fou », ou « J’ai un numéro pour le Lièvre »! C’est généralement plus pour le Lièvre puisque, son rôle étant le plus grivois, il y a des gens qui se prennent suffisamment au jeu pour espérer rentrer avec lui dans le trou du Lapin ! Mais surtout, le spectacle en soi est une anecdote perpétuelle puisque les gens, même morts de rire et émerveillés, se disent qu’on sort tous de l’HP, et qu’une fois qu’on aura pris nos médicaments on pourra retourner dormir au Vinatier ! (Rire partagé)

N. R. : Je me souviens avec émotion des œillades enflammées lancées vers moi par le Lièvre… Ouh-la-la !

L. S. : Et tu n’as pas été le seul… (Rire partagé)

N. R. : On arrive au terme de cet entretien. Un dernier mot, Louise ? Une question que je n’aurais pas pensé à te poser, ou un message à passer à nos lectrices et lecteurs ?

L. S. : Je pense que tu as posé toutes les questions qui s’imposaient. Euh… Si, j’ai un mot ! Venez nous voir, parce que, enfin quand on reprendra, n’est-ce pas… ? Parce que je pense qu’en ce moment les gens ont besoin précisément de ça. Pas de notre spectacle en particulier, mais de rire, de se changer les idées. Et je peux vous assurer que dans notre spectacle en tous cas, personne ne vous plombera avec les conditions sanitaires, la culture en perdition, l’injonction de rentrer à toute vitesse après parce que c’est le couvre-feu… On vous propose une ambiance enfantine, extrêmement drôle, pleine de bienveillance, et beaucoup, beaucoup de gens nous disent, en direct ou en commentaires via internet, que ça leur a fait du bien. Alors venez boire des cocktails avec nous ! Je ne vous rétrécirai peut-être pas… tout de suite. Mais en fait si, sûrement ! (Rire partagé)

N. R. : Grand merci à toi, Louise ! Je n’ai qu’une dernière chose à vous dire, à ton équipe et à toi : je vous souhaite de revenir très vite, et que le public soit lui aussi très vite au rendez-vous de votre délicieuse invitation !

Et puis, on va finir sur une dernière question, mais à laquelle cette fois-ci je ne te demanderai pas de répondre : quand est-ce qu’un corbeau ressemble à un bureau ??? Comprenne qui pourra !…

Au revoir !

Entretien enregistré et retranscrit le 29 Octobre 2020 pour Nouvelles Répliques,

 par Charles Lasry

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