Le Hollandais volant – Théâtre Espace 44 – Lyon

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9 mai 2019 par nouvellesrepliques

 De : Dorian Pillot

Mise en scène : Dorian Pillot

Jeu : Titouan Bodin, Victor Bratovic, Charles Lasry, Quentin, Métrop, Dorian Pillot et Caroline Ribot

Quelques minutes avant l’heure prévue, les portes s’ouvrent et nous voici accueilli.es par une joyeuse troupe de comédien.nes en train de s’échauffer. Pas de doute, la convivialité sera de mise. Les lumières s’éteignent, ielles filent en coulisse et le silence se fait. La pièce commence par un rattrapage historique mené par un squelette savant. Par la voix du regretté Pierre Bellemare, il nous ramène au début du XVIIIe siècle, à l’heure où la piraterie des Caraïbes menace sérieusement le commerce maritime des grandes puissances européennes. Lord Hamilton et Louis de Blénac, gouverneurs anglais et français dans les îles des Caraïbes, font alliance et fomentent un plan ayant pour but la capture du Hollandais Volant. S’emparer de ce vaisseau autant légendaire que maudit permettrait de rétablir la paix sur les flots…

Dès lors, les événements s’enchaînent dans un rythme effréné. Les cinq comédiens et la comédienne n’interprètent pas moins de treize personnages. Les destins de ces gens de mer se croisent à terre, sur l’île de la New Providence. Avec un patron de taverne désertée, un jeune capitaine de la Royale Navy quelque peu sentimental, une fille de gouverneur intrépide, un valet pleutre, un capitaine damné et une bonne demi-douzaine de pirates, Dorian Pillot orchestre sur scène un véritable défilé de personnages. Les enjeux de chacun sont suffisamment forts pour que l’équilibre soit constant sur le plateau : on ne suit pas une trajectoire, on est témoin d’un moment où plusieurs trajectoires individuelles entrent en collision.

La notion d’équipage propre à la piraterie est plus qu’indiquée pour baptiser la troupe de comédien.nes à l’œuvre. Ielles s’emparent pleinement du scénario que leur capitaine a élaboré à partir de faits historiques et de légendes. Le rapport au ludisme et à l’enfance est ici essentiel. L’affiche du spectacle, composée de petites figurines de pirates, en était un premier indice. Les murs en pierres de l’Espace 44 deviennent comme les cloisons d’un grenier où une bande de gamin.es rejouent ce qu’ielles ont lu dans leurs livres. L’espace se réinvente sans cesse, sans que les nombreux objets et accessoires répandus sur le plateau n’en perturbent la lisibilité. Avant certaines scènes, une des quatre petites boites incrustées dans le bar à jardin s’illumine afin d’identifier plus précisément le lieu de l’action. Ces reproductions en miniatures de points de l’île (plage, taverne, etc.) pourraient avoir été conçues par des enfants. Et, comme eux, les comédien.nes font feu de tout bois : des tubes en cartons en guise d’épée, des confettis plutôt que du sang, des élastiques en caoutchouc presque aussi rapides que des balles qui fusent. Et aussi fort qu’ielles y croient, nous y croyons.

hollandais

L’énergie qui émane du plateau et le goût du détail ne laissent aucune place à l’ennui. Mises à part les transitions en musique enregistrée et les rares moments de chants qui laissent sur notre faim, l’inventivité fait florès. On redécouvre avec plaisir un monde de la piraterie pétri de doutes, dans lequel les existences singulières sont moins rocambolesques que les mythes qu’elles ont nourri – mythes avec lesquels les personnages eux-mêmes doivent négocier sans cesse, tantôt pour tenter d’y correspondre, tantôt pour s’en débarrasser. La vivacité des dialogues est soutenue par une belle gestion de l’espace : au rythme des mots répond le rythme des corps. Les combats scéniques sont suffisamment dessinés pour que les comédien.nes s’y sentent en liberté (ou du moins qu’ils en donnent l’air !). Une dialectique de la dépense et de la maîtrise se met ainsi en place dans un spectacle qui a à voir avec la commedia dell’arte ou le théâtre de rue. On en retrouve les ressorts, les trucs. Paradoxalement, l’autre influence qui émerge de ce Hollandais Volant est celle du cinéma. Peut-être parce que le cinéma, bien plus que le théâtre, s’est passionné pour l’imaginaire des pirates, avec en tête de liste la pentalogie des Pirates des Caraïbes.

En qualifiant sa pièce de « comédie d’aventure », Dorian Pillot s’inscrit dans un théâtre peu usuel dont il démontre tout l’intérêt, à commencer par celui de rassembler un public jeune et moins jeune. Et si son spectacle s’inspire de schémas connus, il n’hésite pas à rafraîchir notre écoute en introduisant par exemple quelques idées féministes dans une séquence de l’Histoire essentiellement masculine. Bref, cette compagnie n’est peut-être pas de Trop.

S.Titon du Tillet

Une réflexion sur “Le Hollandais volant – Théâtre Espace 44 – Lyon

  1. Charles Lasry dit :

    Merci pour ce bel article, Mme Titon du Tillet! Vous avez su y synthétiser et rendre l’esprit de notre spectacle. 🙂

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