Retour sur « Life on Mars ? » – Théâtre des Asphodèles, Lyon

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2 mai 2019 par nouvellesrepliques

Compagnie Thespis

Création collective dirigée

Mise en scène : Thai-Son Richardier, avec la collaboration de Lysiane Clément

Distribution : Amandine Barbier, Loïc Bonnet, Gael Dubreuil, Benoit Ferrand et Mellie Melzassard

Création sonore : Claire Mahieux

Création lumière : Bastien Gérard

Scénographie : Anabel Strehaiano

Costumes : Lysiane Clément

 

Avant même l’entrée dans la salle de spectacle, c’est devant sa porte, dans le hall d’accueil du théâtre, que les choses commencent avec une comédienne en combinaison spatiale, qui interroge le public. Elle nous demande de lever la main si nous avons déjà connu la solitude. Et bien évidemment, tout le monde lève la main. S’enchaînent ensuite d’autres questions pour lesquelles il nous est demandé de garder la main levée si nous sommes concerné.e.s, ou de la baisser dans le cas contraire. Des questions sur le caractère négatif ou non de la solitude, sur la claustrophobie, sur notre forme physique etc… Progressivement de plus en plus de mains se baissent, jusqu’à ce qu’une seule reste levée ; le public est alors invité à entrer et à prendre place dans la salle, tandis que la personne sélectionnée se voit remettre une combinaison spatiale, et être intégrée, sur la scène, au début du spectacle. Elle rejoint une équipe d’astronautes faisant passer un entretien de sélection à un candidat, souhaitant être choisi pour participer à la première mission spatiale habitée visant à coloniser la planète Mars. D’emblée, le procédé fait sourire et donne le ton : ce spectacle traite d’un sujet sérieux, la solitude, mais sur un ton léger en invitant le public à rire des aspects absurdes de la thématique et des comportements humains qui y sont liés, et l’invite également à y apporter s’il le souhaite le grain de sel de l’inattendu. Ce qui fait partie du charme de cette forme théâtrale semi-improvisée : les comédien.ne.s disposent certes d’un canevas dramaturgique, d’un point de départ et d’une arrivée précis, et de jalons fixes, mais au sein dudit canevas rien n’est figé dans le marbre, bien au contraire, comme dans la vie réelle, l’imprévu, la nouveauté, l’accident même, sont souhaités et sont les bienvenus.

L’entretien de sélection de l’aspirant astronaute, point de départ du fil rouge du spectacle qu’est la mission sans retour vers la « Planète Rouge », mêle le comique de l’absurde via des exigences saugrenues, à une certaine gravité liée aux problématiques accompagnant ce genre de mission, à savoir la vie commune dans un petit groupe, faite de promiscuité quotidienne, et l’isolement de celles et ceux qui, en partant si loin, devront dire adieu à leurs familles, amis, habitudes sociales, loisirs…

Puis s’ensuit une succession de saynètes dans lesquelles différents personnages sont confrontés dans leur quotidien à divers aspects de la solitude. Dans le milieu professionnel et la vie de bureau, dans une vie familiale compliquée, dans certaines formes d’exclusion sociale comme la difficulté à s’intégrer dans une société dont les codes ne sont pas les mêmes que là d’où l’on vient ou l’isolement des personnes âgées, ou encore face au deuil et à la misère affective. On rit beaucoup lorsque, répondant aux questions d’un consultant en ressources humaines, trois employé.e.s de bureau racontent chacun.e à son tour leur propre version subjective d’un même problème de communication ayant pris des proportions démesurées. Et on s’interroge simultanément sur la part de responsabilité des moyens modernes de communication dans ledit problème, créant paradoxalement une distance bien réelle entre des personnes qui pourtant travaillent les unes en face des autres… On s’amuse également des bévues de deux immigrés albanais qui suivent une formation pour devenir aides-soignants en EHPAD et de l’attitude psycho-rigide de leur formatrice, tout en se disant que, là encore, un peu d’écoute et d’empathie simplifieraient ce qui n’a en réalité pas lieu d’être si problématique… On est pris à la gorge par le désespoir d’un petit vieux que la solitude pousse à vouloir mettre un terme à sa vie, et profondément touché par l’attitude de celui qui avec humour et humanité dédramatise la situation et lui donne une raison de ne pas passer à l’acte. Des questions philosophiques sont également posées, non sans délicatesse et une certaine poésie, comme par exemple les formes diverses que pourraient prendre les rapports entre êtres humains et machines, et la place que l’émotion pourrait éventuellement y occuper.

life on mars

Toutes ces saynètes, ce fil rouge, et ces questionnements, tragiques ou drôles, et souvent les deux à la fois, bénéficient en outre d’ambiances soigneusement élaborées, tant sur la plan de la création lumière de Bastien Gérard, que par l’univers sonore de Claire Mahieux, leur offrant des écrins immersifs et crédibles qui tirent partie de la scénographie à la fois simple et ingénieuse d’Anabel Strehaiano, dans laquelle les comédien.ne.s évoluent avec précision et liberté à la fois, disposant de possibilités variées de tirer partie de ses différents éléments en fonction des états de leurs personnages et de leurs rythmes qui peuvent varier d’une représentation à l’autre.

Une liberté dont la distribution de ce spectacle use avec un plaisir évident et partagé par le public, liberté rendue possible grâce au conséquent travail de recherche des un.e.s et des autres, d’écoute de témoignages de personnes réellement rencontrées, et qui ont mené à une écriture de plateau dirigée par Thai-Son Richardier dans un souci d’allier maîtrise dans le jeu et fraîcheur dans les états et les déroulés de scènes des personnages. Ainsi, « Life on Mars ? » est un spectacle déjà solide, mais également en évolution constante, qui se dévoilera et se développera de façon différente à chaque fois qu’il sera joué. Un spectacle que je vous recommande donc d’aller découvrir la prochaine fois que l’occasion s’en présentera, les yeux, les oreilles, le cœur ouverts, mais également le cerveau en éveil, prêts tout comme celles et ceux qui le jouent, à y apporter vous-mêmes votre petite contribution, ou pour les plus timides au moins vos réactions, dont la spontanéité sera, je vous l’assure, la bienvenue.

Charles Lasry

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