« Lueurs », au Théâtre de l’Uchronie – Lyon

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10 mai 2018 par nouvellesrepliques

Compagnie Mac Guffin Kollectif

Avec : Solène Angeloni, Barbara Demichel, Barbara Loison

Création, chorégraphie et mise en scène de Barbara Loison

Textes : Manuel Liminiana

Composition des chansons : Solène Angeloni

Musique : Philippe Gordani

Costumes : Céline Perraut, Atelier Fraise au Loup

Make-up FX : Mélanie Bennetier

Lumières : Lili Brik

 

Au cœur de la démarche artistique du Mac Guffin Kollectif, réside la volonté de mettre la pluridisciplinarité au service des histoires que les membres de la compagnie veulent offrir,  raconter et montrer au public. Ainsi, ses spectacles de théâtre, tel « Virginia Victoria ne s’en ira pas sans toi » auquel j’avais consacré un article en Février dernier, mêlent jeu, chant et danse dans des univers fantastiques, féériques, ou encore de science-fiction. C’est dans le même esprit que Barbara Loison, danseuse contemporaine de formation, a conçu « Lueurs », dernière création en date du collectif. Un spectacle chorégraphique qui raconte donc par la danse et la musique, mais aussi par le chant et le jeu théâtral, l’histoire des scarabées dorés, créatures mutantes et guerrières vivant au cœur d’une forêt fantastique, un entre-deux-mondes dont la vie est rythmée par l’Arbre-Astre, divinité y déversant lumière et sagesse et veillant sur sa faune fabuleuse. Une vie qui sera perturbée, bouleversée même, suite à la prophétie d’une étrange bête aveugle et à l’apparition d’une mystérieuse nouvelle lueur.

Là où trop souvent d’après elle la danse contemporaine ne fait place qu’à l’expression corporelle, la créatrice, chorégraphe et metteuse en scène du spectacle considère qu’au contraire, le chant et le jeu théâtral peuvent augmenter l’impact évocateur de la danse, et en tant que raconteuse d’histoires il lui est naturel d’allier ces différents aspects au profit d’une narration immersive. Force est, en assistant à « Lueurs », de constater à quel point elle a raison. En effet, l’histoire qui y est développée, notamment à travers les très belles chansons écrites par Manuel Liminiana, renforce non seulement le contexte, féérique et concret à la fois, mais aussi l’identification et l’attachement émotionnel que le public peut ressentir envers les personnages de cette fable. L’évolution chorégraphiée des scarabées dorés, interprétées par Marine Demichel et Barbara Loison elle-même n’en est que plus touchante.

La scénographie et la mise en lumières du spectacle sont elles aussi très immersives, des feuillages couvrant le sol, la brume et une luminosité filtrée reproduisant de façon très convaincante l’ambiance d’un sous-bois mystérieux. Même l’odorat du public est sollicité, les pas des danseuses faisant s’élever dans la salle les effluves végétaux des feuilles et branchages qu’elles remuent. Les costumes et maquillages sont également très réussis, donnant forme et vie aux créatures fantastiques qui peuplent cette forêt. Avec une mention spéciale pour l’élaboration de l’Arbre-Astre, alliant majestueusement le végétal et le divin, être à la fois profondément ancré dans le sol, et touchant au céleste, apportant lumière et vie aux créatures sur lesquelles il veille.

uchronie

Dans le rôle de cet être si beau et singulier, Solène Angeloni est impressionnante dans un très juste mélange de force et de douceur. Au rythme des chansons qu’elle a elle-même composées, et de morceaux qu’elle joue au violon, elle répond aux scarabées dorés, les guide, les conseille, les rappelle à l’ordre avec fermeté lorsque c’est nécessaire, telle une divinité s’adressant à ses créatures, ou un parent éduquant ses jeunes enfants avec bienveillance. Sous son regard protecteur, Marine Demichel et Barbara Loison ne sont pas en reste, alliant avec grâce et maîtrise une danse physique et exigeante et le chant exprimant les émotions, états d’âme et questionnements de leurs personnages.

Les trois jeunes femmes explorent à travers cette histoire fantastique des thèmes comme l’animalité, la peur de l’inconnu, la mémoire, ou encore la métamorphose, et mettent admirablement au service de cette exploration la danse mais aussi les belles harmonies de leurs voix se mêlant au rythme de chansons polyphoniques très évocatrices, qui laissent un doux souvenir en tête longtemps encore après la fin de la représentation. Tout comme l’ambiance générale du spectacle, assurée en grande partie par la musique électronique de Philippe Gordani, alliant dans ses nappes l’étrangeté, le mystère, la mélancolie, mais aussi le foisonnement, la frénésie du mouvement de la vie, donne envie d’aller soi-même se promener, se perdre un peu peut-être, dans une forêt odorante et mystérieuse, où chaque rayon de lumière filtrée par les branchages pourrait révéler la présence d’une créature, étrange, ou simplement surprenante…

Charles Lasry

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