Prophètes sans dieu de Slimane Benaïssa à l’Espace 44 – Lyon

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23 décembre 2017 par nouvellesrepliques

Du 28 novembre au 3 décembre

Mise en scène Mohamed Brikat et Claire Bourgeois
Jeu Mohamed Brikat, Franck Fargier et Simon Gabillet

A l’aube du XXIe siècle, l’auteur algérien Slimane Benaïssa publie Prophètes sans dieu, pièce qui fait se rencontrer les trois grands monothéismes. En 2017, presque vingt ans après sa publication, ce texte qui interroge les conflits religieux par le biais de ses trois prophètes est toujours brûlant d’actualité.

La mise en scène de Mohamed Brikat et de Claire Bourgeois suit la ligne proposée par le texte, à savoir l’appréhension de cette matière si complexe par une veine comique, légère. C’est d’ailleurs une parole enfantine qui ouvre la pièce : « Cohen m’a dit que Moïse avait coupé la mer en deux. Je te jure, Dieu, Fais-moi confiance et je couperai la mer en morceaux. Bernard m’a dit que Jésus avait marché sur l’eau. Je courrai sur l’eau s’il le faut. Et si tu me dictes un livre comme à Mahomet, je ne ferai pas de fautes. Et quand je serai grand, j’aimerais être le prophète des juifs, des chrétiens, et des musulmans. C’est toi qui décides, Dieu. Moi, j’aime le métier de prophète ; toi, tu me dis et moi je fais ». La naïveté des mots de l’enfant, de ses réactions et de son regard ne va pourtant pas sans de justes intuitions – la Vérité sortirait-elle non pas des Textes mais tout simplement de la bouche des enfants ? Le medium de l’enfant, interprété dans toute la première partie par Mohamed Brikat, permet au spectateur lambda d’entrer sans difficulté dans ces affaires d’exégèse. L’austérité que semblait pouvoir amener la matière religieuse est d’emblée court-circuitée. Le plateau théâtral ne cesse de mettre en lumière la dimension narrative de ces religions qui s’appuient sur trois textes, c’est-à-dire trois récits.

La force du texte de Slimane Benaïssa repose sur les liens qu’il tisse entre théâtre et religion – deux termes a priori antinomiques.  La religion a à voir avec le théâtre dans sa manière de raconter des histoires par le biais de la parole. Le théâtre a à voir avec la religion dans la valeur qu’elle donne aux choix d’interprétation fondés sur la lecture de textes quasi-sacrés. Tous les deux, enfin, sont fondés sur la foi, qu’on pourrait définir comme une intime conviction pétrie de doutes. Or c’est bien la foi du personnage principal, petit garçon puis jeune dramaturge, que le texte interroge. L’espace exigu de la scène ainsi que le choix scénographique assez épuré nous invite à partager les conflits intérieurs de ce personnage qui ne quittera pas l’espace intime de la chambre. Chambre d’enfant et récits religieux, chambre d’adulte et textes dramaturgiques : deux manières de raconter le monde et de le comprendre. L’auteur de théâtre est un « prophète sans dieu » qui raconte « les histoires d’hommes aux hommes » là où les prophètes des religions racontent « les histoires de Dieu aux Hommes ». Le point de départ de la chambre d’enfant confère à l’ensemble de la mise en scène une tonalité de conte. Moïse et Jésus apparaissent comme des mages dans un désert de sable qui, disposé autour du lit, ne va pas sans rappeler l’histoire folklorique du marchand de sable. Mais ce conte n’a rien de cristallin. La première partie, qui met en scène un débat entre Jésus et Moïse, ressemble parfois plus à une bataille de chiffons qu’à un conflit essentiel. C’est ce qu’on apprécie dans cette mise en scène, à savoir la distance prise avec le sujet traité, la liberté d’imaginer Jésus en grande folle, le dépassement des tabous religieux sur la scène de théâtre.

S.Titon du Tillet

 

 

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