Marin mon cœur, Théâtre Kantor – Lyon

Poster un commentaire

23 décembre 2017 par nouvellesrepliques

« Marin mon cœur », Rêveries poétiques autour des œuvres pour piano à 4 mains de M. Ravel et C. Debussy, d’après le texte d’E. Savitzkaya, vu au Théâtre Kantor le 14/12/2017

Collectif Les Rêves Rient, création collective

Piano : Juliette Aridon-Kociolek et Clémentine Dubost

Jeu : Chloé Dubost, Andréa Leri, Emma Mérabet, Valentin Seigneur

Lumières, son, projection : Louis de Pasquale

 

 Marin, c’est un petit bonhomme, apparemment perdu loin du quotidien fourmillant et frénétique de nos sociétés modernes. Ni tout-à-fait un enfant, ni complètement adulte, il découvre, au fil de ses déambulations et grâce à sa curiosité avide, la Nature qui l’entoure, la beauté et la variété des environnements qu’il traverse, leurs couleurs, leurs sons, leurs textures… Et surtout les sensations et émotions que toutes ces rencontres provoquent en lui. Il est accompagné, observé, titillé par un farfadet qui échappe à son regard mais veille affectueusement sur lui, sorte de faune sautillant aux accents tantôt guillerets tantôt plus langoureux ou mélancoliques d’un piano qui rythme les aventures du garçon dans cet univers de conte.

De-ci de-là, des voix s’élèvent parfois. Celle de Marin, qui s’émerveille ou s’interroge sur les choses qu’il voit, entend, touche, goûte, et sur leur signification. Celle du farfadet qui lui aussi est surpris, ému, intrigué par les réactions du jeune garçon. Celles également de conteuses qui expriment avec une belle poésie ce que la vue ou l’ouïe ne peuvent suffire à appréhender, s’accordant à merveille aux superbes pièces musicales jouées par les deux pianistes qui semblent ne former qu’un seul être. Les mots et les notes se sublimant les uns les autres.

Au fil de ce voyage initiatique, telle une éponge, Marin s’imprègne des éléments, se frotte aux objets, se confronte à une faune mystérieuse, appréhende la lumière, l’obscurité, les ombres… Et ce faisant, pleinement à l’écoute de ses sensations et des émotions, des sentiments qu’elles suscitent, il s’interroge et forge une pensée neuve sur la nature du monde qui l’entoure mais aussi sur sa place en son sein, sur le sens de la vie et de la mort, sur l’existence en général.

Comme le suggère son titre, Marin mon cœur c’est une bulle de rêverie. Bulle au sein de laquelle viennent se rencontrer des arts trop souvent tenus à l’écart les uns des autres. En effet, ce spectacle ce n’est pas juste du théâtre, ni un simple concert, encore moins seulement le développement d’un univers poétique, d’un théâtre d’ombres ou de marionnettes, et ce n’est pas non plus un ballet. En revanche, la fusion harmonieuse de toutes ces formes d’expression artistique en fait un conte vivant, à voir, à écouter, à ressentir, à se remémorer par la suite quand on s’interroge soi-même sur notre propre façon d’appréhender l’environnement qui nous entoure, à questionner notre propre regard.

marin

Aquarelle d’Andrea Leri – Traitement de l’image Bruno Sécordel

Tout comme Marin, on se laisse porter par la merveilleuse musique de Ravel et Debussy, admirablement jouée par Juliette Aridon-Kociolek et Clémentine Dubost, toutes deux très habitées, mais celle-ci est d’autant plus touchante et évocatrice qu’elle est rehaussée par le jeu habilement chorégraphié de Valentin Seigneur et Andréa Leri, ainsi que par le très poétique texte, tiré notamment du roman éponyme d’Eugène Savitzkaya, judicieusement distillé en bribes signifiantes au fil des pérégrinations et découvertes du jeune garçon. L’osmose entre ce qui est dit et les notes du piano est parfaite, et propre à développer autant d’images visuelles que mentales.

De même, la création lumière, l’utilisation des ombres, de projections visuelles exécutées en direct, le recours à des matières à l’impact visuel fort comme des paillettes ou de la terre, ou encore l’apparition d’une petite marionnette éthérée entraînant Marin à sa suite, sont autant d’éléments propices à la constitution de véritables tableaux impressionnistes, parfaitement accordés aux mélodies jouées au piano. Les rencontres du garçon avec des personnages à l’aura empreinte de mystère, comme l’apparition d’un esprit élémentaire incarné avec une grâce fascinante par Chloé Dubost lors d’un tableau aux accents mythologiques, ou encore un esprit consolateur joué avec douceur par Emma Mérabet ainsi qu’une étrange créature aveugle paradoxalement très à l’aise dans son environnement, créent de très beaux moments d’émotion, délicats et touchants.

C’est donc enchanté et serein que l’on ressort du théâtre à l’issue de la représentation, ravi d’avoir reçu, vu, entendu un spectacle qui fait du bien, une charmante allégorie dont la poésie et la beauté font voyager les sens, l’esprit et le cœur, ragaillardi avant d’affronter le froid de cette saison et la folle activité d’un monde où tout va si vite, qu’on en oublie souvent de s’arrêter pour juste observer les merveilles simples qu’il recèle. On peut alors se demander, à l’instar de Marin, « Comment ça se bricole, la vie ? »

 

Charles Lasry

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :