Le Malade Imaginaire de Molière, Salle Paul Garcin, programmation hors-les-murs du Théâtre des Clochards Célestes – Lyon

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13 octobre 2017 par nouvellesrepliques

Compagnie le Raid

Avec : Léandre Benoit, Claire Bourgeois, Franck Fargier, Simon Gabillet, Sidonie Lardanchet, Cécile Marocco, Jacques Vadot

Mise en scène : Mohamed Brikat, assisté de Cécile Marocco

Scénographie et lumières : Samuel Poncet

Costumes : Julie Lascoumes, avec le soutien des ateliers costumes du Théâtre National Populaire

Une fois n’est pas coutume, c’est dans la salle Paul Garcin que se jouait, les 5 et 6 Octobre derniers, ce spectacle de la compagnie le Raid programmé par le Théâtre des Clochards Célestes. Choix judicieux au vu d’une jauge de près de 300 places quasiment remplie, en majorité par des lycéen.nes ou de jeunes étudiant.es venu.es découvrir ou redécouvrir la dernière comédie de Molière, mais aussi par un public aux âges plus hétéroclites, sans doute curieux de voir ce que l’équipe de Mohamed Brikat faisait de ce matériau si connu, de cette histoire séminale qui aura inspiré d’innombrables autres œuvres, du XVIIème siècle à nos jours.

Dès l’entame de la pièce, c’est dans une formidable énergie comique que Jacques Vadot et Cécile Marocco donnent vie au duo Argan/Toinette. Sur un plateau dépouillé, adoptant une « esthétique de tréteaux », les échanges entre l’hypocondriaque friand de saignées et de purges, et son impertinente mais néanmoins dévouée servante, font mouche et gagnent immédiatement l’enthousiasme de l’assistance. Les rires fusent, au rythme soutenu auquel les interprètes donnent leurs répliques, avec une maîtrise de la langue et un tempo qui permettent de goûter le délectable texte de Molière.

Et le plaisir des spectateurs.trices perdure tandis que l’intrigue se développe, que les scènes s’enchaînent et que les différents personnages apparaissent les uns après les autres, campés avec un bonheur évident par des comédien.nes qui s’amusent visiblement beaucoup sur scène, se renvoyant la balle les un.es aux autres avec une bonne dose d’espièglerie.

Si la scénographie et les lumières sont résolument sobres, se limitant à une chaise d’hôpital occupée par Argan, et à quelques luminaires disposés sur le plateau ainsi que par moments à un ou deux simples tabourets, dans une volonté manifeste de mettre en avant le texte et la comédie hors de tout contexte historique, les costumes fournis par le TNP, sont en revanche dans un style d’époque. Certains d’entre eux sont, comme par exemple celui de Béralde, le frère du Malade, splendides. En découle donc un décalage visant à souligner dans cette pièce classique du répertoire  français des résonances contemporaines, notre époque ne manquant pas non plus d’hypocondriaques ni de médecins entretenant leurs obsessions via divers placebos, ou encore de pseudo-thérapeutes usant avec une certaine perfidie de jargons techniques fumeux pour profiter de la crédulité de ces « malades imaginaires »…

malade

Ce décalage est également entretenu par deux intermèdes musicaux. Si ceux-ci existent effectivement dans le texte original de la pièce, Mohamed Brikat choisit de les mettre en scène dans un style résolument contemporain. Le premier adopte ainsi la mélodie d’un énorme « tube » d’un chanteur de rap français très célèbre dont je ne révélerai pas ici le nom pour en préserver l’effet de surprise. Si ce télescopage entre les mots de Molière et cette mélopée ultra-moderne peut faire un peu grincer des dents au premier abord ceux qui dans le public sont les moins réceptifs à ce style particulier, Léandre Benoit y met tant de verve et d’humour, et ses camarades de jeu tant de joyeuse complicité, que l’on se laisse finalement entraîner de bon cœur dans cette petite folie un poil irrévérencieuse mais au fond très drôle et réjouissante ! Le second intermède musical est en revanche nettement moins inspiré, et révèle les limites d’un procédé qui vise à remporter l’enthousiasme de l’assistance par le recours à des références comiques modernes au prix d’un sacrifice du contenu original de la scène ainsi adaptée. Si cela fonctionne plutôt bien sur une bonne partie du public jeune présent dans la salle, qui se met à applaudir au rythme de la musique, ce passage a visiblement un impact nettement moins positif sur des spectateurs.trices plus exigeants et attachés à un respect et une mise en valeur de la dramaturgie et du texte lui-même.

Malgré ce bémol, on retiendra de cette mise en scène du Malade Imaginaire, une mise en espace et un sens du burlesque très inspirés, dynamiques et amusants. Chaque interprète apporte sa pierre à l’édifice, insufflant même aux personnages secondaires qui n’apparaissent que brièvement ce petit quelque chose qui les fait briller et les rend pour le public soit joyeusement sympathiques, soit délicieusement ridicules. Jacques Vadot, dans le rôle-titre, est particulièrement agréable à regarder jouer, déployant tout au long du spectacle  des trésors « de-funesques » proprement hilarants, sans pourtant jamais en faire trop. Cécile Marocco lui offre quant-à-elle le parfait contrepoint, figure forte, énergique et pleine d’ironie d’une intelligence qui s’oppose à, et compose avec l’irrationalité de son maître. Et, interprétant pour sa part deux personnages diamétralement opposés, Franck Fargier tire lui aussi remarquablement son épingle du jeu, campant d’abord un Diafoirus ventripotent, médecin imbu de lui-même d’un ridicule consommé, avant d’incarner Béralde, frère d’Argan à la tête bien posée sur les épaules, au raisonnement limpide, perspicace, en qui Toinette trouve un allié naturel pour ouvrir les yeux du Malade sur ses illusions et ses mauvaises décisions et l’aiguiller, non sans malice, vers une voie plus souhaitable pour la bonne santé de sa maison. On quitte donc la salle à l’issue de la représentation, avec comme le reste de l’assistance un agréable sourire sur les lèvres, et l’envie de relire, une fois rentré chez soi, d’autres savoureuses pièces de Molière.

Charles Lasry

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