Maldoror/ chant 6 – Les Subsistances – Lyon

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11 octobre 2017 par nouvellesrepliques

Mise en scène : Michel Raskine
Interprètes : Damien Houssier, Thomas Rortais, René Turquois
Lumière, régies : Adèle Grépinet
Avec la complicité de : Marief Guittier
En pénétrant la salle de « La Boulangerie » des Subsistances, on sait pourquoi on est venus. Le titre du spectacle est on ne peut plus clair : « Maldoror / Chant 6 ». Chacun a en tête un souvenir plus ou moins précis du texte d’Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont, dont la formule « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » deviendra la devise sensible d’André Breton et des poètes surréalistes quelques décennies plus tard. Imprimé en 1869, soit un an avant la mort précoce de son auteur âgé d’à peine vingt-trois ans, Les Chants de Maldoror a ce goût testamentaire de l’œuvre de l’écrivain disparu trop tôt. Personnage très mystérieux, dont la biographie reste aujourd’hui encore évasive et trouée, le poète est à l’image de l’œuvre qu’il a laissée : insaisissable, ténébreuse et fascinante.

Michel Raskine s’empare ce soir de l’ultime « Chant 6 » de l’œuvre de Lautréamont. Dans ce chant final, Maldoror, narrateur autant angoissé qu’angoissant, sombre créature formée d’un subtile alliage de « mal » et d’« horreur », nous emmène dans une épopée en prose à travers les rues de Paris, « capitale du XIXe siècle ». Pris par la main calleuse d’un tel personnage, on se sent plus proches du Marquis de Sade que du spleen baudelairien.

La ballade nocturne suit les pas de Mervyn, jeune adolescent introverti en attente d’aventures, que Maldoror, telle une ombre fantomatique, a pris pour cible. Un bref échange de lettre mènera à la rencontre de ces deux figures antagoniques, le jeune innocent aux cheveux d’anges face au démon fait homme. Les mots sont donc à l’origine de la rencontre maudite – à l’origine du Mal ?

maldoror

Si « l’histoire » peut se résumer en quelques lignes, la force du texte de Lautréamont va bien au-delà de la trame narrative. Au-delà ou plutôt en-deçà, car les mots viennent creuser, sillonner, labourer chaque infime situation. La poésie plus que jamais naît du contact avec la matière, elle érige des images vertigineuses à la fois magnifiques et sordides. Nul besoin de grosse machine scénographique pour rendre hommage à ce texte – le plateau est presque nu.

Le phrasé impeccable des trois comédiens, Damien Houssier, Thomas Rortais et Réné Turquois, permet au public de se laisser tantôt porter tantôt brusquer par les mots. L’événement théâtral peut advenir. Maldoror / Chant 6 célèbre le degré zéro du théâtre, c’est-à-dire le plus dépouillé et le plus fécond. Des mots, des corps qui les parlent, des corps qui les reçoivent.

On s’étonne de la facilité avec laquelle le texte se déroule. Cela est sans doute le fruit du travail de Michel Raskine, qui n’a plus à prouver sa maîtrise et son « tact » (pour reprendre les mots de Mervyn) concernant le plateau théâtral. Sa brillante trouvaille est d’avoir saisi le texte à pleines mains, sans modestie, et d’en avoir ainsi révélé sa dimension ludique. Les trois comédiens sont des joueurs. Dès lors dire Lautréamont devient un jeu d’enfant. Vêtus d’élégants costumes, les pieds des trois hommes sont nus : belle image de la dialectique raffinement/insolence qui distingue les mises en scène de ce grand metteur en scène.

 S – Titon du Tillet

  1. Titon du Tillet
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