Retour sur les Tragédies de Juillet au Théâtre du Point du jour – Discussion à 4 rédactrices/teurs autour d’un café après l’intégrale

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11 septembre 2017 par nouvellesrepliques

Présent.es Lucie Lalande – Sylvain Mengès, Charles Lasry et Iris Gamme

Brasserie Tabac Le Narval – Environ 10h – Samedi 29 juillet 2017

SM – J’ai trouvé que la première pièce (« Les Exilées » d’Eschyle) était pas aisée pour entrer dans l’univers des Tragédies, à 5heures du matin, c’était peut être pas la pièce la plus facile pour  accrocher d’emblée…

LL – G. Morin c’est quand même un mec qui t’embarque dans son univers. C’est pas que la pièce, c’est pas que les comédien.nes, le texte, c’est que tu te sens…accueilli. Il y a une véritable ambiance qui tient au projet global. L’accueil dans le théâtre notamment, qui fait qu’on se sent bien.

CL – Pour moi c’est la deuxième fois que je vois le travail de l’équipe Morin. Il y a un truc qui ressort, c’est la joie de jouer ensemble, de partager du théâtre avec les gens qui viennent, ça compose une véritable ambiance. Il y a une émulsion. Tu sens que tout le monde a l’air de partager cette joie là.

LL – Je revois ce môme avec son père qui s’aperçoit qu’à l’entracte l’équipe du théâtre a mis à disposition du public de quoi manger et boire. Il regarde son père avec émerveillement en lui disant « mais en plus au théâtre, on peut manger ! mais c’est génial ! »

IG – J’ai l’impression que l’équipe du Point du jour réactive ce truc primordial, l’accueil, qu’on retrouvait souvent dans les anciens temps : on venait, on mangeait puis on partageait du théâtre. Le théâtre conventionnel fait beaucoup moins ça aujourd’hui.

SM – Moi j’aime l’accessibilité du théâtre du Point du jour : déjà les traductions sont très bonnes, efficaces, claires, elles contribuent à ouvrir l’accès aux Tragédies. Le fait aussi que le texte soit porté par les interprètes avec cette joie sérieuse, cette générosité, donne une vraie accessibilité aux Tragédies. Morin me permet de re-découvrir des textes que j’avais pu trouver pompeux

LL – Le style Morin c’est vraiment un style libre. Au sens où les comédien.nes ont l’air de sortir du public, ce sont des mecs avec des pauvres teeshirts ou un bout de tissu mis comme ça négligemment dans les cheveux, ça a l’air complètement affranchi quelque part, ça produit beaucoup de liberté

CL – Se défaire de tout ce qui est décorum et aller à l’essentiel du partage, du propos, du thème, gratuitement. En même temps il y a une urgence de jouer, une rythmique de jeu très puissante.

tragedies juille

IG – Moi je suis assez démunie quand je viens voir un travail de l’équipe Morin, parce que j’ai la sensation que je ne peux pas critiquer pareil que sur d’autres spectacles: tout de suite il me met un tacle dans les jambes en me disant « bah tu vois, c’est au-delà du gout personnel, même au-delà de la critique presque. En fait même si ça te déplaît foncièrement, même si ça te dérange, c’est là, présent et c’est intense. T’aimes, t’aimes pas on s’en fout, c’est comme ça et pas autrement et ça te plait pas tu passes ton chemin et ça existe quand même. » Tu vois je pourrais dire que certains acteurs surjouent, chantent, chantent pas, sont moins bien que d’autres. Mais bien vite, c’est balayé par un grand « on s’en fout », ils, elles font du théâtre. Fabriquent du théâtre. Et on attrape ce théâtre à ce moment là, et demain ce sera complètement différent. A mon sens c’est ce qui devrait avoir lieu partout au théâtre mais que je ne ressens ça que chez Morin pour l’instant. Tu peux te dire que, à partir du moment où t’es carré sur ton texte (parce que les textes sont su impeccablement) et que t’es dynamique et dans l’urgence, tu as ta place sur le plateau. Et tu peux être libre sur tout le reste à condition que tu sois carré sur la base texte, la base énergie.

SM – Moi j’ai été surpris par l’interprétation de Gaël Baron qui a une posture en scène vraiment singulière, un corps très spécial, une manière de se mouvoir qui est surprenante et inattendue, et bien ça me donne des envies de le suivre sur tout plein de registres, il m’accroche, il garde sa singularité d’acteur, il existe en tant que corps spécial. J’ai trouvé cela très fort. Je suis curieux de voir tous ces interprètes sur d’autres créations

IG – J’ai cette sensation que le travail est toujours meuble, en mouvement. On n’arrive pas dans un espace où on nous dit « c’est un travail en cours » pour dissimuler des choses qui pourraient être vécues comme irrégulières, ou bancales, on nous dit « bienvenue au théâtre, vous allez voir un travail ». On revient encore à quelque chose de primordial : les œuvres ne sont jamais terminées ni figées, c’est une hypocrisie de prétendre le contraire ; on vient voir un mouvement dans un théâtre, un temps donné. Morin va pas cesser d’essayer des trucs. Tout le temps. Il s’agit de donner vie au texte quelque soit la manière.

CL – Il arrive à trouver de la liberté malgré cette rigueur du texte qu’il suit à la lettre. Il s’affranchit totalement du carcan des emplois. J’ai l’impression qu’il part du principe que tout le monde peut jouer n’importe quel rôle à partir du moment où il travaille, où il le sent. Y’a cette force de conviction chez ses acteurs et actrices, peu importe le genre de leur rôle.

SM – Je trouve très intéressant que le choix se soit porté sur ces trois Tragédies qui parlent de la place des Femmes. Ça saute aux yeux par l’usage du chœur qui est spécifiquement féminin

IG – Ouais y’a plein de moments misogynes sur le principe dans le propos des tragédiens quand même, y’a plein de propos qui arrachent l’oreille…mais bon, c’est pas Morin, c’est les auteurs

SM- Oui mais c’est ça qui est intéressant dans le travail qui a été montré ce matin, on a l’impression que la tournure, la sortie de contexte permet de prendre de la distance

LL – Le ton des acteurs permet souvent de faire de la dérision sur les répliques sexistes des tragédiens

CC – J’aurais bien aimé voir Iphigénie jouée par un homme

LL – Je me suis quand même dit que dans « La Mort d’Héraclès » de Sophocle, Héraclès était joué par un homme et le chœur par les femmes… Mais pour revenir au reste du travail, oui je dirais que parfois « ça n’a l’air de rien », mais ça joue tellement ensemble que ça s’huile parfaitement et qu’on est happé par ce jeu partagé des acteurs.

Propos retranscris d’après enregistreur audio après trois tragédies jouées de 5h du matin à 9h du matin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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