LE SCHPOUNTZ COMP. MARIUS d’après Marcel Pagnol – Nuits de Fourvière, Lyon

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18 juin 2017 par nouvellesrepliques

Avec
Waas Gramser
Kris Van Trier
Maaike Neuville
Frank Dierens
Koen Van Impe
Traduction et adaptation Waas Gramser, Kris Van Trier
Traduction française – Monique Nagielkopf
Costumes – Thijsje Strypens
Technique – Koen Schetske, Stevie Van Haver
Production – Jeroen Deceuninck
Coproduction – Comp. Marius en collaboration avec Festival Excentriques 2013

Le Schpountz aux nuits de Fourvière ou Pagnol au plat pays : une merveilleuse mise en relief !

 

« Comp. Marius, fabricants de théâtre depuis 1991, spécialités de spectacles en plein air. » Voilà qui a le mérite d’être simple et efficace. Pas de chichis ce soir du haut du petit odéon de Fourvière, mais bel et bien de l’artisanat de haut vol ! Et voilà exactement ce qu’il fallait pour dépoussiérer Pagnol ! Pardon, l’expression fera bondir certain.es et je vais devoir avoir une explication en premier lieu avec mes parents… Oui, ils sont de la génération qui adule Marcel Pagnol, celle qui nous en a tellement servi qu’on a pris le parti de ne surtout plus jamais ouvrir un de ses livres ou de regarder un de ses films. Il fallait bien que des courageux-ses fassent voler en éclats les a priori et rabibochent tout ce monde, petit.es et grand.es voir très grand.es. Et justement, les gradins avaient ce soir un air de réunion de la parentèle. Têtes grises, crânes dégarnis et coiffures adolescentes se comptaient à proportion égale : la grande fête pouvait commencer.

Et voilà pas qu’on découvre qu’on s’est fait avoir… Les acteurs-trices sont belges, pire ils sont flamand.es !! La comp. Marius, imaginez, s’appelait il y a de cela plusieurs années le collectif De Onderneming. Ielles ont fait deux très bons choix quasi simultanément : se lancer dans une grande traversée de l’œuvre pagnolesque (Marius, Regain, Fanny et César et Manon et Jean de Florette) et changer de nom ! Voilà de quoi nous rassurer… Nous sommes entre des mains expertes. Leurs choix artistiques antérieurs les ont portés de Molière, à Beckett en passant par Thomas Bernhard et bien d‘autres. Autant de mises en scène en extérieur et en parallèle avec des installations audacieuses, bref, rien ne semble les rebuter : gage d’une saine curiosité ! En tout cas, c’est une aubaine de pouvoir écouter les mots de Pagnol sans qu’on essaie à grand renfort d’accent chantant de nous faire entendre les cigales dans la garrigue. Sans folklore, dans une esthétique sobre sans toutefois paraître pauvre, ce texte qui n’est autre que le scénario du film de 1937 retrouve son mordant, sa verve et sa densité.

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crédit Nuits de Fourvière

Le Schpountz, c’est l’histoire d’Irénée. Rien à voir évidemment avec le saint lyonnais qui donna son nom à ce quartier de la colline de Fourvière, c’est juste une heureuse coïncidence ! Irénée travaille dans l’épicerie de son oncle Baptiste et de sa tante Clarisse, marchands pingres, mais travailleurs et aux côtés de son frère Casimir. Comme son défunt père, Irénée rêve de voyages et de grandeurs. Il a n’a peur de rien… Et surtout pas du ridicule ! Oui, il le dit sans ambages à qui veut l’entendre, il a un don extraordinaire pour le cinéma. N’est-il pas bienheureux justement qu’une équipe de tournage vienne faire du repérage dans la région et s’arrête acheter une cuvette dans l’épicerie ? Ni une ni deux, Irénée fait montre de ses talents d’acteur en récitant l’article le plus concis du Code civil sur une pléiade de tons différents : « tout condamné à mort aura la tête tranchée. » L’équipe pliée en quatre est ravie. Elle a trouvé son Schpountz. Le Schpountz, mais qu’est-ce que c’est ? Grossièrement on pourrait dire que c’est l’équivalent cinématographique de l’invité dans Le dîner de cons. Irénée suite à sa désopilante performance rentre à l’épicerie avec son contrat en poche. Un contrat qui contient évidemment des clauses si fantasques qu’il devrait se douter qu’on lui a fait une mauvaise blague, ce que ne manquera pas d’ailleurs de repérer le perspicace oncle Baptiste. Irénée n’écoutant que sa confiance, persuadé d’un succès fulgurant, prend son billet de train pour Paris et s’infiltre dans les studios de cinéma. Splendeur et misère puis misère et splendeur… Dans la capitale seront pris ceux qui croyaient prendre. Irénée se montrera un idiot magnifique, touchant, sincère, entier et tout simplement irrésistible.

On rit évidemment beaucoup et avec un plaisir qui ne tarit pas au long des deux heures de spectacle parce qu’iellels savent parfaitement y faire ces comédien.nes de plein air ! Aucun doute, ielles l’ont bien faite, l’école de la rue. Ielles savent jouer pour et avec  le public en intégrant les imprévus, les corneilles qui croassent aussi bien que les rires irrépressibles de certain.es spectateurs-trices ou les langues qui fourchent sur quelques mots ardus de notre langue française qui rappelons-le n’est pas leur langue maternelle ! Le rythme est toujours tenu d’une main de maître, chacun.e sait avec adresse quand jouer avec ou bien s’ielle doit s’y tenir. Les acteurs-trice brillent par leur efficacité et un jeu très physique qui échappe cependant à la caricature. Avec une énergie d’arlequin Kris Van Trier qui incarne Irénée est bouleversant de timidité après avoir était un terrible butor d’orgueil. Les autres comédien.nes prennent un plaisir partagé à sauter d’un rôle à l’autre, au moyen d’un accessoire ou d’un bout de costume et défendent chacun des trente-trois personnages qu’ils se partagent avec panache ! La légèreté enrobe une fable complexe sur nos a priori, nos évidences et nos petits travers. On redécouvre, émerveillé.es, l’immense talent de Pagnol… Franchement, on peut leur dire Bedankt, merci en flamand, ou simplement et comme le public de Fourvière se lever pour les applaudir !

 

            Paul de Damvilliers

Durée : 2h

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