Dear Boss – Irep Scènes, Villeurbanne

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17 mai 2017 par nouvellesrepliques

Compagnie Clap m’en 4

Ecriture et mise en scène : Tristan Chevallier

Distribution : Denis Beauvilain, Tristan Chevallier, Yves Desvigne, Tiffany Léonard, Mylène Queyrat, Anaël Rimsky Korsakoff

Direction d’acteurs : Raphaëlle Diou

Londres, Mai 1887. Alors que l’Angleterre frissonne d’effroi au rythme de terribles meurtres commis dans le quartier de Whitechapel, la belle société continue de vivre comme si de rien n’était, se retrouvant dans des soirées et des bals mondains. Monsieur, propriétaire de plusieurs distilleries, fréquente ces événements, mais plus par devoir, pour entretenir la bonne tenue de ses affaires, que par frivolité. Il doit s’y montrer, mais ne goûte guère les festivités et s’isole dès qu’il en a le loisir. C’est que dans son manoir, nul ne le laisse en paix… Chacun fait appel à lui à tout moment, de jour comme de nuit, pour lui demander toutes sortes de choses, ou exiger de lui qu’il arbitre les conflits entre membres du personnel, ou encore entre son frère cadet taquin et sa soubrette soupe-au-lait… Seul Thomas, son fidèle majordome qui lui tient lieu de bras droit dans toutes ses affaires, lui permet de soulager un tant soit peu son esprit de tous les soucis qui l’encombrent. Mais son aide est malheureusement bien insuffisante pour égayer l’âme de Monsieur, qui semble en proie à une terrible mélancolie. Parfois, celui-ci lui demande de lui trouver quelqu’un pour la soirée, une femme légère, un peu de compagnie pour se changer les idées. Or, un soir, Thomas choisit une jeune femme un peu différente des autres, et dont l’arrivée au manoir va bouleverser le fonctionnement de la demeure et les rapports de force existant entre tous ses occupants…

La compagnie Clap m’en 4  donne très vite le ton du spectacle : nous allons assister à une histoire sombre à la Conan Doyle ou à la Agatha Christie, avec une intrigue macabre et une mise en scène élégante, mais non dénuée d’humour et d’ironie.

Le plateau est divisé en deux espaces grâce à un rideau blanc. Le corps de l’action se déroule à l’avant-scène, devant le rideau, alors que de nombreuses séquences, notamment visuelles mais aussi sonores, se passent derrière ledit rideau et nous sont offertes sous forme d’ombres grâce à un habile jeu de lumières et à des actions savamment chorégraphiées. Le procédé est malin et joliment mis en application, créant ainsi non seulement de belles images, plaisantes à regarder, mais également la sensation d’espaces et de temporalités séparées.

L’intrigue, écrite par Tristan Chevallier qui réalise aussi la mise en scène et joue avec un plaisir évident le rôle de l’insupportable frère cadet de Monsieur, distille avec une judicieuse parcimonie les informations relatives aux personnages, qui ne se dévoilent réellement sous leur véritable jour que très progressivement. Comme dans un thriller cinématographique, les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes et l’on en vient à se dire bien vite que chacun semble avoir des choses à cacher. Et l’on élabore au fil du spectacle  diverses théories…

DEQR BOSS

Fort heureusement, si le côté « suspense » est important et efficace, « Dear Boss » n’en oublie pas pour autant d’être un divertissement, et sa galerie de personnages hauts en couleurs, ainsi que leurs rapports de force et disputes, font beaucoup rire et sourire le public tout au long du spectacle. On s’amuse beaucoup des piques qu’ils s’envoient les uns aux autres, ainsi que des chausse-trappes qu’ils se plaisent à se tendre !

S’ils représentent des archétypes connus, cela ne fait que servir la fable, et permet au public, outre le fait d’y trouver un soulagement comique appréciable, de s’attacher aux uns et aux autres, voire de s’y identifier à tour de rôle. Ainsi, grâce à une écriture intelligente mais aussi à une interprétation impeccable de chaque comédienne et comédien, il est possible de les comprendre tous.tes, et aucun n’est simplement antipathique ou juste agréable ou héroïque… Tous.tes ont leurs parts d’ombre et de lumière.

Outre le rideau blanc qui sert à projeter des ombres, la scénographie générale, simple mais bien pensée, la mise en lumière et le soin apporté à la sélection des costumes ainsi qu’à l’ambiance sonore, contribuent au côté immersif de l’ensemble du spectacle, autant en ce qui concerne ses moments comiques que dans l’élaboration du suspense et des émotions qui sont suscitées par les révélations progressives du déroulement de l’intrigue.

Si l’ensemble de la distribution est excellent et sert à merveille le spectacle, on retiendra particulièrement les interprétations de Mylène Queyrat, hilarante dans le rôle de la soubrette soupe-au-lait, et de Tiffany Léonard surprenante dans celui de la fille de joie qui ne dévoile pas d’emblée toutes ses cartes.

Autant d’éléments qui font de « Dear Boss » une pièce qui allie habilement les codes du théâtre et du cinéma pour proposer au public un spectacle de qualité, à la fois drôle et sombre, palpitant et émouvant, devant lequel on passe un très bon moment et dont on ressort ravi !

Charles Lasry

 

 

Charles Lasry

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