Chiens et Loups, épisode 1 : Une femme qui a du chien, Salle Paul Garcin – Lyon

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23 mars 2017 par nouvellesrepliques

Compagnie Le C.L.A.P

Série théâtrale en cinq épisodes

Distribution : Léo Bonin, Guillaume Bosco, Fanny Couturier, Marie Hattu, Jérémy Jeannes, Sarah M’rad, Agathe Mesnier, Quentin Myon, Antoine Noirant, David Peyron, Maxime Poly, Christopher Roussel, Johanna Tixier

Musique : Maëlenn Dano, Anaïs Paris, Martin Véricel, Yannick

Scénario et création : Gaëlle De Los Llanos et Alexandre Zerrillo

Mise en scène : Louise Bernard et Idir Charef

Costumes : Marie Fereol

 Avec « Chiens et Loups », c’est à découvrir un genre encore méconnu que nous invite la compagnie C.L.A.P : la série, ou plutôt le feuilleton théâtral semi-improvisé. Feuilleton puisqu’il s’agit d’une seule et même histoire qui se développera au cours de cinq représentations uniques réparties sur cinq mois. Et semi-improvisé puisque, si les grandes lignes, le déroulé et les étapes clé de l’intrigue, conçus par ses auteurs, sont connus des comédien.nes, les dialogues quant-à-eux, ne sont pas écrits à l’avance, et naissent donc sur scène en direct, devant le public. Un concept audacieux, qui présuppose une grande confiance non seulement des auteurs en la capacité de leur histoire à susciter l’intérêt et la fidélité du public, mais aussi de la mise en scène dans la distribution et de celle-ci en elle-même pour maintenir une qualité de jeu et une tension dramatique suffisantes tout au long de chaque épisode en improvisant avec pertinence et justesse tous les dialogues à l’intérieur d’un cadre précis… Un pari d’autant plus culotté que ladite distribution est composée de comédiennes et de comédiens à la fois amateur.es et professionnel.les mélangé.es !

Pari qui, au vu du premier épisode, joué le 28 Février dernier à la Salle Paul Garcin devant un public nombreux et enthousiaste, est en bonne voie pour être réussi haut la main. On pouvait y découvrir tout d’abord Katalina Von Horvath (jouée par Marie Hattu), une jeune aristocrate autrichienne effrontée, ayant fui la rigidité de l’Empire Austro-Hongrois mais surtout celle de sa famille, pour se faire une place dans la haute société parisienne de 1910. Très à son aise au sein de la vie parisienne de la Belle Epoque, elle s’amuse, telle une Marquise de Merteuil, à élever ou enterrer socialement les uns et les autres au gré de ses caprices, par le biais de stratagèmes retors dont la fourberie n’a que peu à envier aux grands conspirateurs historiques. Elle s’adjoint à l’occasion pour ces entreprises les services de Clothilde Ravache (Incarnée par Johanna Tixier), cheffe d’un gang des rues à la gouaille aussi amusante que son caractère est explosif. Celle-ci n’hésite pas, secondée d’une paire de jumeaux espiègles, à accomplir les basses œuvres nécessaires à l’accomplissement des complots de l’aristocrate, évidemment contre monnaie sonnante et trébuchante. Ces deux femmes fortes et indépendantes nourrissent visiblement l’une pour l’autre un mélange de respect et de défiance, chacune étant consciente qu’il ne ferait sans doute pas bon avoir à s’affronter… Les conséquences de l’un de leurs stratagèmes communs vont se retourner contre elles, et toutes deux devront, au cours des épisodes suivants et chacune de son côté, enquêter et intriguer pour dénouer l’écheveau de ce qui semble se profiler comme un grand complot international impliquant espions et traîtres, dans un contexte européen particulièrement volatile sur le plan politique à quelques années à peine de ce que nous savons être amené à se produire : la Première Guerre Mondiale.

L’une des très bonnes idées du spectacle est de se jouer non pas accompagné d’une bande sonore, mais de quatre musiciens en chair et en os, présents à l’avant-scène côté Jardin dans un espace qui leur est propre, et duquel ils jouent de leurs instruments des morceaux qui constituent une véritable bande originale « live », assurant les transitions entre séquences, mais ponctuant également les moments clé de l’intrigue en y ajoutant des ambiances renforçant l’impact des actions et confrontations des personnages. Ce quatuor accentue non seulement l’immersion du public dans l’histoire qu’il découvre comme il le ferait avec un film ou une série télévisée, mais nourrit également visiblement le jeu des comédien.nes qui semblent y trouver une inspiration supplémentaire à leurs improvisations.

Les costumes également sont fort bien choisis et permettent une agréable immersion dans cette époque fantasmatique qu’est la Belle Epoque, et on a plaisir à voir évoluer les personnages dans des tenues très authentiques et élégantes.

chiens et loups

Dramaturgiquement parlant, « Chiens et Loups » adopte et assume parfaitement les codes de la série ou du feuilleton télé, n’hésitant pas à prendre le temps de nous présenter ses principaux protagonistes via des séquences dédiées. Si toutes ne seront pas forcément pertinentes au niveau de l’intrigue principale, certaines nuisant malheureusement un petit peu au rythme de l’ensemble, elles ont globalement l’avantage d’étoffer les personnages en question et de donner au public des éléments utiles pour mieux comprendre leur psychologie et leurs parcours respectifs. Certaines sont même à cet égard proprement hilarantes, à l’image de celle où l’on découvre Clothilde Ravache et son caractère volcanique mais aussi son humour, lorsqu’elle doit rappeler quelque peu à l’ordre ses sbires, pour lesquels elle éprouve en fait une authentique tendresse sous ses dehors un peu rudes.

Concernant le concept du jeu semi-improvisé, on peut également considérer que le contrat est plus qu’honnêtement rempli par la distribution. Si on n’échappe pas ici ou là à quelques imprécisions ou hésitations mineures, celles-ci sont loin de nuire à l’ensemble du spectacle qui est globalement de haute tenue, et même si une comédienne et un comédien tirent particulièrement leur épingle du jeu à cet égard, en l’occurrence l’excellente Johanna Tixier dans le rôle de Ravache et un David Peyron d’une sobriété et d’une précision redoutables dans celui du politicien Antoine Brassier, il est bien ardu de discerner qui dans l’équipe est professionnel et qui est amateur, tant tous et toutes sont visiblement plus que rompu.es à l’art de l’improvisation.

Tous ces éléments réunis font donc de « Chiens et Loups » une entreprise très enthousiasmante, et à l’issue du premier épisode le public était à l’évidence déjà conquis et fidélisé par ses personnages hauts en couleurs et son intrigue dont chacun se demande comment elle tournera par la suite, ce qui est la caractéristique d’une bonne série. On regrettera un peu le côté « one shot » du concept, qui ne permettra pas à ceux qui n’ont pas assisté à la représentation de Février de voir en une autre date ce premier épisode, mais qu’ils ne se laissent pas refroidir par si peu ! En effet, il est d’ores et déjà prévu, comme à la télévision, de présenter au début de l’épisode numéro deux un résumé du précédent, de sorte que nul ne sera perdu dans les méandres de l’intrigue.

Je conclurai donc en vous recommandant chaudement, chers lecteurs et lectrices, de vous rendre le 4 avril prochain à la Salle Paul Garcin (réservation fortement conseillée !) pour découvrir le travail de la Compagnie C.L.A.P. et le deuxième épisode de ce feuilleton théâtral qui s’annonce à la fois palpitant et très divertissant !

Charles Lasry

Une réflexion sur “Chiens et Loups, épisode 1 : Une femme qui a du chien, Salle Paul Garcin – Lyon

  1. Mais que voilà un beau portrait de Katalina !
    Merci pour ton article consciencieux et passionné 😉

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