Loch Ness/Broc’Théâtre au Théâtre des Voraces – Lyon

Poster un commentaire

28 février 2017 par nouvellesrepliques

Présenté par La compagnie de Trop

Avec Malina Ioana-Ferrante, Quentin Métrop, et Matthieu Serrano

Ecriture et mise en scène : Dorian Pillot

Scénographie : l’Atelier Pam Pam

La première chose qui frappe les spectateurs.rices de « Loch Ness », c’est sa scénographie, son décor incroyablement riche en détails d’une authenticité confondante. On est dans le bureau de quelqu’un qui, assurément, a roulé sa bosse de par le monde et en a rapporté tout un tas d’objets originaux, hétéroclites, surprenants. Les meubles ont un certain cachet, les bibelots intriguent, certains sont très beaux, d’autres carrément kitsch… Tous portent les marques du temps et d’un usage régulier. Probablement les possessions, les trophées d’un.e explorateur/trice ou d’un genre de scientifique… Cela provoque pas mal de curiosité et de commentaires dans les rangs du public.

Le noir se fait. Deux jeunes hommes font leur entrée l’un après l’autre dans le bureau, une tension bien palpable régnant entre eux. On apprend assez vite qu’il s’agit là de Luc et William, les deux fils d’Hector Simon dont c’était le bureau mais qui est récemment décédé. Ils sont là pour faire l’inventaire du contenu de l’antre de leur défunt père avant que sa demeure ne soit vendue pour éponger les dettes qu’il a laissées avant sa mort, et se répartir son maigre héritage. Tandis que pour l’un, ces artefacts liés aux « mythes et légendes » qui ont passionné et dévoré la vie de leur père, sont précieux et évoquent des souvenirs agréables, ils ne représentent pour l’autre que des objets à vendre au plus vite pour en tirer quelque profit et ainsi tirer un trait sur son lien avec un parent pour lequel il n’avait plus que du ressentiment. Alors qu’ils se disputent comme des enfants, non sans un certain ridicule lié à leur attitude immature, le rapport de force est troublé par l’arrivée de Beth Jones, une négociante en art anglaise ignorant le décès d’Hector, qui avait rendez-vous avec lui. Proposant aux deux frères de leur acheter comptant les objets du patriarche qui présenteraient pour elle de l’intérêt, elle met au jour des notes de celui-ci concernant le mystère au centre de toute sa vie : l’existence ou non du Monstre du Loch Ness. Recherches, théories et révélations vont éclairer progressivement les raisons pour lesquelles tant de tensions régnaient dans cette famille dysfonctionnelle, et faire évoluer la relation entre Luc et William.

Au long d’une heure et demie que l’on ne sent pas passer, les trois personnages passent en revue les indices et les notes laissés par Hector, les frères se livrant à une sorte de partie de tennis figurative arbitrée par la négociante en art. Matthieu Serrano incarne ainsi avec ferveur un fils plein d’admiration pour l’œuvre de son défunt père, partageant son goût pour les mythes, et son caractère romantique. A l’inverse, Quentin Métrop dans une interprétation très concrète et puissante, porte le pragmatisme et le cynisme d’un fils qui a rejeté les chimères d’un père dont il méprise le souvenir, et a érigé la rigueur scientifique comme un absolu indéboulonnable. Véritable bouffée d’air frais, le personnage de Beth Jones, campé avec légèreté et enthousiasme par Malina Ioana-Ferrante, distille pour sa part de délicieuses touches d’humour au long de cet affrontement fraternel.

voraces

La mise en scène et l’écriture de Dorian Pillot reposent sur une rythmique millimétrée et sur une savante gestion des rapports de force entre les trois figures différentes qui développent son histoire. Ainsi, leur maîtrise par une distribution judicieuse, chacun apportant ses spécificités à des personnages assez archétypaux, assurent une immersion efficace du public dans « l’enquête » qui se joue sous ses yeux et qui déclenche à des moments choisis des révélations qui font évoluer la dynamique du trio. En conséquence, même si certains rebondissements seront relativement prévisibles pour qui est familier de ce genre de comédie familiale dramatique, la force de conviction et l’énergie déployées par ses interprètes maintiennent un intérêt constant et même une certaine délectation à voir certaines suppositions se vérifier au fil du spectacle. De même, le dosage entre humour, tension et émotion est parfait, et on ne sombre jamais ni dans le mélo larmoyant ni dans la farce grossière, mais on navigue au contraire dans des eaux qui alternent habilement les vaguelettes, la tempête, et le calme, dévoilant petit à petit les éléments permettant de découvrir ce qui se cache vraiment sous la surface…

Point très surprenant de cette création qu’est « Loch Ness »/Broc’Théâtre, toute la scénographie, hormis quelques accessoires particuliers, a été conçue non seulement pour créer l’ambiance singulière du bureau de feu Hector Simon, mais aussi pour séduire l’œil et l’envie du public ! Ainsi, à l’issue de la représentation, il est proposé à chacun.e de déambuler dans le décor et de faire l’acquisition des objets, bibelots, ou meubles qui lui auront tapé dans l’œil et qui complèteraient bien son intérieur ou constitueraient un chouette souvenir du spectacle. Initiative suscitant l’enthousiasme des spectateurs.rices qui avaient déjà été intrigué.es par telle ou telle pièce, réalisée conjointement par la compagnie de Trop et l’Atelier Pam Pam des Puces du Canal. Aller voir ce spectacle est donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups : assister à un excellent divertissement, et rentrer chez soi avec un nouvel élément de décoration intérieure !

 

Charles Lasry

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :