L’étoudissement

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26 novembre 2014 par nouvellesrepliques

D’après le texte de Joël Egloff

Conception et jeu : Denis Déon – Mise en scène : Gérald Robert-Tissot

Univers sonore et création lumière : Cyrille Cagnasso

Scénographie : Aude Van Houtte

Costumes : Anne Dumont

L’homme seul raconte son univers. Il n’y a jamais de soleil. Il y sent mauvais, avec des fragrances différentes selon la direction du vent. Lorsqu’il détaille le circuit touristique le plus prisé de la région, la station d’épuration et la déchetterie, où « des milliers de goélands viennent des quatre coins du monde goûter les spécialités locales », en sont le lac du Bourget et l’Arc de Triomphe. L’homme qui conte, c’est un homme grand et massif, au physique d’ouvrier, au regard à la fois amoureux, naïf et inquiétant. Sa bouche dessine un ersatz de sourire. Sur son vélo juché sur un piédestal en centre de scène, il raconte en pédalant. Son costume est blanc et taché de sang. Il travaille à l’abattoir. C’était ça ou la déchetterie, pas d’autre solution pour les gens par ici. Et même s’il n’avait jamais eu cette vocation d’égorger des bêtes, il faut bien vivre. Grâce à Bortch, son seul ami, sa résignation n’a pourtant rien d’une capitulation, et il résiste à ces conditions de vie épouvantables.

etourdissement

Denis Déon, cet acteur magnifique qui a choisi, adapté et interprète avec une précision d’horloger ce texte de Joël Egloff, défend un théâtre pauvre, de tréteaux. Ce qui compte, c’est l’acteur, le texte et comment les spectateurs s’y connectent. Signalons tout de même une création sonore tout en subtilité, fortement évocatrice, qui aide à se sentir happé par la pensée de cet étrange personnage. Ce théâtre veut se jouer en tout lieu. On y intègre l’architecture, et le théâtre de l’Élysée, si particulier, avec ses murs blancs, ses balcons, ses escaliers et ses deux portes, se prête superbement à l’exercice. On s’adresse aux spectateurs, parfois on s’assoie sur leurs genoux… Tout en sensibilité, nous nous trouvons portés avec volupté dans un univers glauque et qui, sans tout l’humour déployé, pourrait sérieusement effrayer. Un univers qui ferait penser au Beckett de Fin de partie, à Céline pour l’âpreté et la désillusion des relations humaines, qui tient aussi de la bande-dessinée de Bilal et des romans d’anticipation de Philip K. Dick. On nous montre l’envers du décor, ces marges de nos sociétés industrialisées où survivent des anonymes laborieux qui, entre centrale nucléaire ou d’épuration, entre autoroute et déchetterie, réussissent à faire pousser toutes sortes de sentiments humains.

Régis Vouchey

Au théâtre de l’Élysée les 20/21 novembre et du 25 au 28 novembre à 19h30

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