EN ACTE(S) au Lavoir public, nouveau RDV de la jeune génération théâtrale lyonnaise

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23 novembre 2014 par nouvellesrepliques

D’octobre à juin, le dernier lundi de chaque mois, En Acte(s) propose au Lavoir public un spectacle inédit selon un principe simple et efficace : commande est passée à un auteur deux mois avant ; son texte doit pouvoir se jouer à moins de cinq comédien(ne)s, en moins d’une heure et sans technique ; un metteur en scène accompagne son écriture et organise le passage au plateau ; le texte est proposé aux actrices et acteurs deux semaines avant la représentation, et répété en une semaine. Une formule dynamique, détonante, qui met la rencontre et l’artisanat au centre, et ne reconnaît qu’une seule épreuve à l’aventure théâtrale : celle du plateau.

Rencontre avec Maxime Mansion, de la compagnie la Corde rêve, co-directeur artistique du festival (co direction avec Élisa Ruschke)/strong>

Nouvelles Répliques – Comment t’est venue l’envie de ce festival et de cette formule ?

Maxime Mansion – Ça m’a paru nécessaire. Tu vois, quand on monte Molière, Marivaux ou Shakespeare, on sent qu’il y a une écriture qui est vachement liée au plateau. Ils écrivent avec leur troupe. Dans l’École des femmes par exemple, le rôle d’Arnolphe, tu vois très bien qu’il y a des personnages qui arrivent pour laisser respirer l’acteur qui le joue. Du coup toutes les résolutions se font par la dramaturgie, sans effet supplémentaire. L’idée c’est – puisqu’on parle d’écritures contemporaines – de donner l’opportunité aux auteurs, et de jeunes auteurs, d’écrire au plateau. À l’ENSATT ce qui était cool, c’était de croiser différents métiers. De travailler avec Adrien Cornaggia1 par exemple et de bien voir que ça manquait de concret, au départ – maintenant son écriture a complètement changé. En lisant des trucs où tu te dis : comment tu fais pour mettre ça en scène ? Où elle se trouve la résolution ? J’ai souvent entendu des « ah la la on comprend rien à ce qu’ils disent », tu vois en parlant des auteurs contemporains. C’est en entendant les gens râler que j’ai eu envie de faire ça. Les auteurs contemporains considèrent qu’ils font de la littérature et que nous, metteurs en scène ou acteurs, on est des artistes censés créer un objet différent du leur. Moi je pense que l’auteur crée un matériau pour le théâtre. Il y a de très rares personnes qui savent lier littérature et matériau, et on les joue encore. Mais c’est hyper complexe. Il faut qu’un auteur de théâtre se concentre davantage à faire du théâtre, à créer du matériau – comme Joel Pommerat. Il faut que l’auteur pense la mise en scène. C’est pour ça qu’il faut qu’il travaille au plateau, qu’il réponde à des soucis techniques, pratiques, qui font la particularité du théâtre.

NR – Y a-t-il l’ambition de créer une école, un mouvement ?

MM – Un mouvement, ça c’est clair. J’aimerais beaucoup que cela prenne bien ici, à Lyon, et ensuite qu’on puisse importer l’idée dans une autre ville. Entre autres à Paris. C’est une école de l’auteur, mais aussi du comédien, et aussi in fine du metteur en scène. Parce que le metteur en scène dans ce cadre là n’est pas là pour faire une œuvre d’art, ce n’est pas le metteur en scène créateur. On retrouve de grandes figures, comme Jean Vilar ou Claude Régy, dont l’ambition n’est que de porter le texte au plateau. Trouver les artifices de la mise en scène c’est trouver l’équilibre du plateau, à travers la direction d’acteurs. La mise en scène après ce n’est qu’une question d’effet, on s’en fout, c’est de la chantilly, du décorum.

NR : Le metteur en scène d’En Acte(e) serait donc un médiateur, un trait d’union, entre les acteurs et l’auteur, pour que chacun apprenne de l’autre ?

MM : Oui il relie les acteurs au texte. L’auteur vient à toutes les répétitions. L’idée c’est qu’on puisse continuer à bosser sur le texte. C’est pour ça que le texte s’apprend. Je déteste les lectures de théâtre ; le texte doit être joué. La poésie je veux bien, les romans ok, le théâtre je pense que ça doit être joué, même mal. Dans le jeu il y a une générosité, qui a trait au théâtre, une dangerosité qui fait que c’est maintenant ici tout de suite, et c’est ce qui fait du théâtre. La lecture c’est un effet de distanciation qui fait qu’on met à distance quelque chose, on lit les didascalies, on ne prend pas de risque, on écoute le texte, on se dit « ah ouais c’est pas mal », et quand on veut le mettre au plateau, le jouer, on se dit « aïe ça coince ». Le jeu permet de se rendre compte davantage. Après on pose la question à l’auteur, on lui dit : « je comprends pas ». C’est pas évident pour l’auteur d’avoir l’humilité de se dire « comment je peux faire pour qu’ils comprennent ? » et pas « oui mais mon style littéraire… ». C’est pareil pour les comédiens, ça apprend l’humilité. C’est important ce va-et-vient là. Surtout pour les jeunes. C’est un festival pour les jeunes, pas pour les vieux. C’est pour ceux qui veulent s’expérimenter, chercher. Il faut être généreux, il ne faut pas être carriériste.

NR : Un des grands objectifs de ce festival, c’est d’être un grand melting pot : que les artistes de théâtre se rencontrent, et en particulier les jeunes. Dans les dernières pages du manifeste que vous avez édité pour la première, il y a même un carnet d’adresse vierge…

MM : D’ailleurs oui on a créé une maison d’édition, En Acte(s), qui a pour but de promouvoir l’écriture contemporaine écrite au plateau par le plateau. On a créé ça pour ça. On a été obligés de créer une maison d’édition pour pouvoir offrir les livres aux spectateurs tous les mois – une formule qui à mon sens complète bien le festival. Et c’est très bien car les auteurs, étant édités, peuvent bénéficier de plus de regards, donc j’en suis très content. L’idée c’est de créer du lien. C’est bien pour notre génération, où il y a un fort désir de rencontre. On travaille tous chacun de son côté, mais pour se connaître en tant que comédiens, ou dans le travail, rien de tel que de travailler ensemble et de voir s’il y a des liens qui se créent. On a forcément tous des groupes, ENSATT, conservatoire, ENS, on est plein mais on est séparés. Et c’est trop con. Et je trouve qu’on ne peut se réunir que par notre métier. Qu’en confrontant nos idées. Tu vois très vite quand tu travailles avec les gens, tu te dis « je l’aime bien en tant que comédien, mais on n’arrive pas à bosser ensemble », ça arrive. Ou avec des auteurs. C’est pour ça que c’est le lundi soir. Comme ça tout le monde peut venir, on regarde, on apprécie un auteur. Dans la publication qu’on fait il y aura son mail ; si on veut prendre contact avec lui on prend contact avec lui, et c’est parti. L’idée c’est vraiment de se rassembler. Autour d’une œuvre artistique et pas autour d’un pot de première.

en actes

NR : Chaque mise en scène ainsi créée n’a pas en elle-même vocation à être diffusée. Qu’est-ce que tu imagines comme avenir pour chaque texte ?

MM : Déjà il y a la publication, à chaque fois accompagnée par un illustrateur. L’idée est de mettre en bibliothèque et librairies ces textes là (les textes sont disponibles à la Librairie Passages de Lyon, et fournis pour l’achat d’une place/l’oeuvre de la soirée précédente offerte). Ils sont un peu bâtards ces textes. Et en même temps tu les joues avec cinq acteurs, ils durent moins d’une heure, tu as besoin de rien… C’est du théâtre de tréteaux, mais contemporain ; c’est vraiment le principe. C’est un matériau, il est libre pour être développé, repris, c’est une base. L’auteur pourra aller plus loin pour le développer. Mais à terme j’aimerais pouvoir faire une intégrale de ce festival, montrer tous les textes qui ont été montés, et pourquoi pas qu’on puisse tourner quatre pièces dans un endroit, quatre pièces dans un autre.

NR : Un mot sur le travail des acteurs. C’est une performance de travailler dans ces délais. Comment est-ce que les acteurs appréhendent ce type de travail ?

MM : Ça dépend des acteurs et du metteur en scène. Mais il faut surtout décomplexer, par rapport au texte, par rapport au jeu. On retrouve l’instantanéité du plateau, cette chose où on peut inventer, on peut créer, on peut faire du lazzi. Si au bout d’un moment tu ne sais pas ton texte tu peux faire aussi ça. On avait des moments supers en répétition où la comédienne avait oublié son texte et sa partenaire jouait avec elle en lui disant ce qu’elle doit dire. C’est ça, il n’y a pas d’instant mort. Pour la première, j’étais halluciné, comment ils ont réussi à gérer leur truc.

NR : C’est sur un fil, dans le risque, et en même temps dans la jubilation.

MM : Quand Genet parle du funambule, c’est vraiment ça. Et on le voit, on voit quand l’acteur au dernier moment se rattrape, suit des chemins invraisemblables dans le texte, ou se laisse tomber, dit « texte ! » et bim on y va, on lui donne le texte et ça repart. C’est incroyable à voir. Il y en a qui sont hyper à l’aise, ça envoie, ça va tout droit, et puis parfois tu perds pieds. C’est aussi comment perdre pieds mais pas complètement. C’est beau, je trouve ça beau. Il faut que les acteurs soient préparés à ça : vous pouvez vous planter, vous avez le droit de vous planter. Vous pouvez dire « texte », et si vous n’avez plus rien, vous prenez le texte en main. Tout est possible, on s’en fout on est au théâtre – c’est sa particularité. Du coup ça donne quelque chose d’hyper vivant, et c’est beau.

Les prochains RDV En Actes: 15 décembre, 26 janvier, 30 mars, 27 avril, 25 mai et 29 juin

Propos recueillis en novembre 2014

Prochain rendez-vous : lundi 24 novembre, 20h au Lavoir public (4 impasse Flesselle, Lyon 1er, Métro Croix-Paquet), avec une pièce de Joséphine Chaffin, Ton tendre silence me violente plus que tout.

1Adrien Cornaggia est l’auteur qui a ouvert la première saison d’En Acte(s), avec Korrida, lundi 27 octobre.

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