La passe imaginaire

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20 août 2013 par delphineleroy69110

Compagnie Vertigo/Compagnie Cycle 28

Avec Lydia Morjane, Natali Bodin, Véronique Coirre – Mise en scène Fred Tournaire

Dans La passe imaginaire, trois comédiennes nous relatent la parole, la vie, l’engagement de Grisélidis Réal, prostituée des années 60 à 90. A travers ses écrits, elle a raconté son quotidien, et son combat pour que la prostitution libre et consentie soit reconnue comme un métier à part entière, aux vertus sociales envers les hommes abandonnés par la société. D’après elle, la prostitution est « une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur » ou même « un acte révolutionnaire », « un Art, un Humanisme et une Science ».Ce point de vue est défendable, comme tout point de vue, surtout de la part de quelqu’un qui connaît bien son sujet. Et sans aucun doute, Grisélidis sait de quoi elle parle. Mais quand est-il des comédiennes et du metteur en scène de La passe imaginaire ? On ne sait. Cependant chaque avis est bon à entendre…encore faut-il en trouver un !

Il semblerait que nous assistions dans ce spectacle à un rendu strictement littéral de la parole d’une personne, sans aucune appropriation du sujet, sans aucune réserve ni aucune approbation directe. Sur un sujet aussi délicat et controversé, la chose est impossible, même dangereuse ! Comment parler de prostitution d’une manière aussi plate, aussi impersonnelle ? Quel en est l’intérêt, quel message veut-on nous faire passer ? L’absence d’interprétation en fait tout simplement un non-spectacle, car l’art ne mérite pas d’exister si l’on n’y apporte pas quelque chose de soi, une vision de l’œuvre de base. Ensuite, il donne l’impression d’un accord latent entre les interprètes et les personnages, dans tout ce qu’ils disent et font ; le spectacle devient donc, sans réellement l’affirmer, un plaidoyer pour la prostitution. D’autant plus que les trois femmes sur scène sont en bas résille et talons aiguilles…Est-on vraiment obligé de s’habiller en cliché de « putain » pour parler de prostitution ?

 « Libre et consentie », nous dit-on, ne cesse-t-on de nous répéter encore et encore…Mais peut-on réellement affirmer que toutes « les travailleuses du sexe » ayant choisi librement leur activité soient toujours réellement libre lorsqu’elles l’exercent ?  A force d’insister là-dessus, on dirait que la troupe n’assume pas sa proposition, ou a peur du jugement d’autrui.

Mais lorsque l’on monte sur scène, mesdames et messieurs, c’est que l’on défend son projet ! Alors assumez, assumez ! Assumez le manque de clarté de votre position idéologique, assumez le fait que le public ait le droit de penser que vous nous présentez la prostitution de manière édulcorée, comme un métier comme les autres qui pourrait rendre heureuses les femmes qui l’exercent ! Sur un sujet aussi glissant, on ne vous fera pas de cadeaux, et toute l’ironie que vous pourrez y mettre n’y changera rien: si vous n’avez pas d’avis sur la question, mieux valait monter un bon Molière.

Delphine Leroy

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