Le Boxeur où la fin d’un gros câlisse

27 juillet 2012 par nouvellesrepliques

Cie Troupuscule Théâtre

Texte : Patric Saucier

Avec Franck Micque – Mise en scène de Mariana
Lezin

Danseur/chorégraphe : Franck Corcoy – Musicien : Benjamin
Civil

Ils sont deux sur scène : un grand costaud et un petit gros. Trois dès que lʼon remarque le musicien tapi dans lʼombre là-bas au fond. Trois pour un monologue, un texte écrit par un auteur québécois qui part dʼune expérience personnelle et qui dérive vers une fiction à glacer le sang. Lʼhistoire dʼun gros méprisé et attaqué toute sa vie, jusquʼà la fois de trop. La fois où demandant son chemin à une jeune femme, le regard méprisant et hautain de celle-ci va le faire basculer dans lʼinconcevable. La jeune fille est passée à tabac et ʻQuébecʼ atterrit tout droit dans lʼenfer de la geôle froide dʼune prison. À partir de là, celui qui a lutté toute sa vie contre le préjugé dans lequel on lʼenfermait va devenir le Boxeur.


Le trio scénique offre un processus artistique des plus intéressants. Le musicien dans son coin, à peine éclairé et qui ponctue en live la pièce. Le grand costaud qui débite le texte comme son personnage distribue les coups et la haine. Et le petit gros qui danse, laissant émaner de son corps empourpré une grâce fascinante. Le comédien et le danseur représentent tout deux ʻQuébecʼ, chacun avec sa sensibilité. Lʼun dans un corps trop grand, trop beau, à travers le flot de paroles, et lʼautre sans un mot à travers son corps pas assez normal. Cʼest tout le propos de la pièce : comment grandir quand on est gros ? Comment trouver sa place face aux regards désagréables ? Comment rendre les coups quʼon reçoit sans commencer à prendre goût au sang ? Cʼest dérangeant de voir ce duo auquel on ne sʼattend pas. Cʼest dérangeant parce quʼhélas, on sʼaperçoit que dans notre imaginaire le gros devrait jouer et le costaud danser . Cʼest ça qui aurait été normal. Et cʼest ça qui nous fait réaliser quʼon ne vaut guère mieux que tous les imbéciles dont ce texte parle ; ceux qui ont jugé, se sont moqué, ont ri, ont chercher la bagarre, comme ça, juste pour voir. Alors certes il y a quelques longueurs dans la pièce, mais la force du texte, le brio du duo comédien/danseur, la justesse de la musique et lʼesthétique de la scénographie et des lumières suffisent à nous envoyer quelques uppercut bien placés dans les tripes.

Anne-Sophie Dionot

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